A M. DE MARIGNY
n ordinaire ou deux de négligence , Chez Mariguy ne m'avoit pas surpris ; Mais un grand mois est d'une conséquence A soupçonner ou froideur ou mépris.
Je sais fort bien que cette caravane Où vous ramez fait grand dégât de temps , Et qu'à Paris surtout fière chicane De ses sujets compte tous les instants.
Mais le soleil, dans l'hiver le plus rude, Peut du brouillard percer l'obscurité , Et le plaideur dans sa sollicitude A ses moments d'un peu de liberté.
Dans l'intervalle où votre esprit se lâche. Les nerfs tendus de sa contention.
Songez-vous point que votre oubli me fâche? Faut-il vous faire une sommation?
Faisons-la donc, mais fort respectueuse, A la requête et pourchas d'Apollon , Qui dit qu'un jour à certaine coureuse. Soi-disant muse et hantant son vallon.
Il fit enfants, du moins s'en nomma père , Bien qu'ils ne soient de ses gi'âces doués; Mais ne les veut laisser dans la misère ; D'autres bâtards il a bien avoués.
ÉPITRE3. I4i
Or, ces enfants ne faisant que de naître ; A Marigny, propre à les cultiver, Son bon ami, du moins se disant l'être. Les adressa pour les faire élever.
Depuis ce temps, quoique Apollon devine, De ses trépieds rien n'a valu le sort , Pour l'éclaircir si son adultérine Est dans Paris arrivée à bon port.
Sommé soit donc, et soit en révérence Interpellé ledit ami parfait De déclarer s'il en a connoissance.
S'il l'a reçue et ce qu'il en a fait.
Que dans huitaine il lui fasse paroître Si ses enfants, par la poste arrivés , Sont consignés au château de Bicêtre Ou recueillis chez les Enfants -Trouvés.
Ou si contre eux transporté de colère , Ce que parfois trop voit-on pratiquer, Il n'auroit point dans le lieu nécessaire Ou dans un puits voulu les suffoquer.
N'excuseroit une telle malice Dire qu'ils sont boiteux ou contrefaits; Mieux eût valu qu'il les mît en nourrice; Pareils enfants ^ivent à peu de frais.
Point n'ont besoin de soupes mitonnées, Pain de mouton , à la reine ou bourgeois. Ni de bouillie à grandes poèlonnées , Un grain d'encens les nourrit pour sLx mois.
i42 Epitres.
On n'eût pas craint de les entendre braire , Comme autres font tant le jour que la nuit; Lors sont de race, et leur sais plus d'un frère Qui de ses jours n'a fait le moindre bruit.
Si leur jargon les oreilles offense, Ce n'étoit là de quoi tant s'effrayer; Un peu de soin, un peu de patience Leur eût bientôt appris à bégayer.
Bref, Marigny les doit de bonne grâce Représenter ainsi que de raison, Si mieux il n'aime échanger à leur place Les deux enfants qu'il a dans sa maison.
S'il fait refus , puisse dame Justice , Ayant fondu son or au grand creuset, A son bon droit n'être jamais propice, Ni rétablir son banc à Virezet.
Fait au Parnasse im jour de mascarade.
Et recoimu dûment vérifié.
Signé Marot, Bois-Robert, Benserade, Avec paraphe et Soit signifié.
A Mâcon, le jour de mardi-gras 1715.