STANCES
u tiibunal d'amour j'ai fait ce que j'ai pu Poui' obtenir qu'il vous punisse; Mais d'un juge aussi corrompu Puis-je attendre aucune justice ?
Seigneur, lui remontrois-je avec émotion.
Est-ce une chose supportable
Qu'Iris à ma discrétion
Fasse une injure irréparable?
J'espérois que mon cœur, qui languit sous sa loi,
Blessé d'une atteinte profonde, Fût un sacré mystère entre elle, vous et moi;
L'ingrate en instruit tout le monde.
— « Lisez ce qu'Acanthe m'écrit, « Dit-eUe en souriant. Voyez sa politesse!...» La cruelle, elle feint de louer mon esprit,
Lorsqu'elle insulte à ma tendresse.
Ses nombreux confidents, riant sous leur chapeau,
Pensent, comme je l'imagine.
Que plutôt je devrois, si voisin du tombeau,
Fah'e l'amour à Proserpine.
Ils disent que je suis d'une espèce de fous
Dont on voit bien peu de modèles.
J'en conviens; mais, amis, avouez entre nous
Que ma folie est des plus belles.
i54 Épitres.
Si je n'ai pas l'esprit bien sain.
Ou si de mes douceurs le goût est un peu fade. Est-il décent de voir un médecin Qui se moque de son malade ?
Iris, pour m'apaiser, dit que de mes écrits C'est à ses seuls parents qu'elle a permis la vue. Iris n'a donc qu'aux loups confié la hrebis ! L'excuse est merveilleuse et je l'ai bien reçue. .Je ne demande pas. Amour, pour me venger Qu'on exerce sur elle un châtiment sévère.
Mais du moins pour la corriger Faites-lui ressentir quelque peine légère. Faites que le regret d'en avoir mal usé.
Par des peines intérieures Altérant sou beau sang toujours tranquillisé. Ne la laisse dormir tout au plus que neuf heures;
Qu'elle souffre en se réveillant
Quelque remords involontaire,
Que son œil en soit moins brillant Et son teint reposé moins qu'à son ordinaire.
Que par le dépit de se voir, Quoique jeune, tirer sur la couleur de l'ambre.
Elle casse quelque miroir Ou groude sans sujet quelque femme de chambre. Faites qu'à son esprit qu'éclaire la raison Le prix de mon ardeur se fasse mieux connoitre
Par la simple comparaison Du procédé bruyant d'un jeune petit-maitre...
Aux pieds du monarque puissant J'aurois poussé plus loin ma plaintive harangue.
Lorsque d'un coup d'oui menaçant Mou juge m'interdit l'usage de la langue.
« Esclave malheureux, cesse de discourir, « Me dit-il, et, baisant ta chaîne révérée, « Apprends que c'est ton sort de te taire et souffrir, « Celui d'Iris d'être adorée. »
i56 Épures.
A MADEMOISELLE DE MOMPIPEAU