‹ Œuvres posthumesChapitre 23 sur 89 · EN LUI ENVOYANT DES GRAINES · texte numérisé non relu

EN LUI ENVOYANT DES GRAINES

Ce 12 janvier.

ujourd'hui je me suis levé

Un peu plus matin que l'aurore ;

Pour un fort grand dormeur, et dans janvier

C'est un sacrifice achevé : [encore,

Mais je voulois consulter Flore

Sur ce paquet étiqueté

Qui de ma part vous sera présenté A ce commencement de la nouvelle année ; Et pour entretenir cette divinité 11 ne faut pas dormir la grasse matinée.

Je n'ai pas été la chercher

Dans les superbes Tuileries,

Ni dans les charmantes prairies Où l'on voit au printemps ses bienfaits s'épancher :

Ma peine auroit été perdue;

Ces lieux à tous vents sont ouverts.

Et la déesse toute nue

N'y peut résister aux hivers.

En quelque endroit que l'on le place,

Jamais un bienfait ne se perd.

Pendant les rigueurs de la glace, Dans ses caves Bacchus lui donne le couvert. Ce dieu reconnoissant la sauve de l'injure Que le froid ennemi feroit à ses appas, Pour lui payer les fleurs et la verdure

Dont elle a paré ses repas.

Epitbes. i57

Là cette beauté délicate.

Attendant un meilleur destin,

Au lieu de pourjue et de satin

S'habille d'osier et de natte.

Et dans ce triste atour porte un deuU assidu

De son règne perdu.

C'est dans cette retraite où Je suis descendu Pour consulter la reine des fleurettes.

Déesse, par vos amourettes, ( Ai-je dit à genoux) par ces galants soupirs, Que, dans le tendi-e excès de leurs flammes discrètes,

Poussent les amoureux zéphyrs ; Par l'émail parfumé dont vous ornez la plaine, Enfin par le retour de l'aimable printemps,

Qui dans sa naissance prochaine

Vous rendra l'empire des champs.

De grâce, enseignez-moi comme il faut qu'on cultive Ces fleurs que par votre ordre on sème au renouveau, Et faites que par moi votre méthode arrive

A la Flore de Mompipeau.

A votre nom, chose étonnante ! J'ai recoimu d'abord que j'étois entendu :

Les orangers ont répandu Dans les ah's de la serre une odeui' plus charmante,

Le laurier s'en est écroulé, L'aloès a fait voir son écorce entr'ouverta. Et le myrte amoureux, de respect ébranlé,

A secoué sa tète verte.

La déesse, en un mot, s'est offerte à mes yeux.

Non comme on la voit dans les cieiLX

Avec sa beauté tout entière; Cette divinité qu'on sert sur vos autels, Encor que bienfaisante, encor que familière,

l58 ÉPITRES.

Dans sa propre figure a pour des yeux mortels Une insoutenable lumière.

Mais pour ne m'en aveugler pas.

Elle a voilé ses rayonnants appas Et s'est fait voir chauve et barbue.

Dans sa crasseuse main tournant un cbapeau gras.

Grattant d'un doigt sa tète nue, En habit de droguet, en souliers plats et -sieux. Enfin dans la figure même Que se fait voir chaque jour à nos yeux Le jardinier de l'hôtel d'Angoulème; Et sur les points que j'avois demandés. D'une voix himible et d'une haleine forte, Elle a prononcé de la sorte L'oracle que vous attendez :

Dans le second mois de l'année, Quand l'astre des poissons succède au verseur d'eau, Si vous pouvez trouver une belle journée, Prenez la bêche et le râteau.

Et dans la terre bien fouillée Semez le taraspic, dont la pure blancheur D'aucun mélange n'est souillée, Et le double pavot qui panache sa fleur. De l'humble antherinum faites-en tout de même : Il va pendant trois mois toujours renouvelant; Si sa beauté n'est pas suprême, 11 rehausse son prix par ce petit talent. En pareil temps, des deux pieds d'alouette Suscitez la fécondité :

Leurs fleurs, par leur variété.

Vous en rendront récompense complète, L'une au printemps et l'autre à la fin de l'été.

ÉpITRES. iSg

Semez au mois de mars votre œillet de poëte. Dans celui de juillet sa flem- sera parfaite.

Qui sur son nom voudra rêver

D'une manière sérieuse,

La do)i croire capricieuse

Et difficile à cultiver.

Mais ne lui faites pas l'injure.

Sur ce nom décrié de vous en dégoûter. Quand elle sort de terre il faut la replanter,

Et voilà toute sa culture.

Au mois d'avril sur couche U faut semer L'ambrette parfumée et la noble amarante ; Six semaines après, qui veut les voir former.

Il faut qu'au large il les replante ; Le poivre ainsi conduit réussira fort bien. Et le melon génois, tous deux plantes nouvelles. Vous donneront des fleurs médiocrement belles Et des fruits curieux qui ne sont bous à rien.

Régalez de ma part la belle j ardinière

D'une fleur singulière ; Ainsi que l'amarante on la sème au printemps. Et pour- la replanter on prend le même temps ; Elle est si fort brouillée avecque la lumière. Que ses plus tristes jours sont les plus éclatants,

Et, contraire à l'héliotrope,

Au moment que le soleil luit On la voit se fermer et tomber en syncope. Et ne s'épanouir qu'aux ombres de la nuit ; Pour cette qualité, qui fait ici du bruit,

Et dont mon empire s'étorme.

Belle de nuit est le nom qu'on lui domie.

i6o ÈPITRES.

Belle de nuit seule n'est-elle pas ,

Et dans Paris on en voit d'autres qu'elle

A qui l'obscurité prête tous leurs appas;

Mainte coquette en sa sombre ruelle.

Maintient par art beauté peu naturelle,

Attentive sans cesse à fasciner les yeux,

Et bannit du soleil les rayons curieux

Dont la sincérité déposeroit contre elle.

L'amour, comme aux filets, se prend dans ses jours faux,

Et plus d'une voudroit, dans le siècle où nous sommes. Dérober la lumière aux bommes Pour leur dérober ses défauts.

La déesse, à ces mots, ainsi qu'un trait de flamme S'éclipsa de mes yeux par un sentier luisant, ■ Et finit justement en femme,

Puisque ce fut en médisant.

Cela soit dit sans vous déplaire ;

Je vous distingue du Milgaire,

Et sais, sans l'avoir deviné.

Comment votre esprit est tourné.

Par ce récit véritable et fidèle Vous connoitrez que la troupe immortelle Se prévaut de mes soins, me donne quelque emploi,

Et ne dédaigne pas de parler avec moi. Voyez ce que je puis cbez elle pour vous plaire. Je ne suis même pas inconnu dans Cj'thère ;

Si par hasard avec r.\mour

Vous a-\àez vm jour quelque affaire.

Je connois l'air de cette cour

Et vous offre mon ministère.

ÉpITRES. r6i

A MADAME L. C

religieuse de Longchamps.

OS cliagrins depuis quatre mois Vous ont empêché de m'écrire ; Cett€ excuse est d'un si grand poids, Partliénice, qu'U faut en rire.

Si je me connois en chagrin.

Ce n'est pas sur vous qu'il travaille.

Ce n'est pas sur votre terrain Qu'il choisit son champ de bataille.

Cet ennemi du doux repos Sait trop en quels endroits il grimpe, Et ne va point mal à propas S'emprisonner sous une guimpe.

Comment pourroit-il s'élever Sur les murs de votre clôture ?

L'amour n'y sauroit arriver, Lui qui n'a pas l'aile moins sûre.

S'il est quelques soucis connus Dans votre paradis de filles.

Us sont si minces, si menus , Qu'ils passent par des trous de grilles.

De bons gros chagrins bien nourris, C'est à nous qu'il faut les permettre, Dont l'espoir attend de Paris La fortune dans une lettre.

i62 Épitres.

Du moins sachons votre chagrin ; Qui le découvre le soulage.

Un jeune et volage serin Auroit-il rompu votre cage ?

Les vents du Nord ou du Midi N'auroient-ils point , en téméraires , Hâlé d'un baiser étourdi Le teint des fleurs qui vous sont chères ?

Par quelque attentat des plus noirs, La violence des orages A-t-elle de vos promenoirs Éclairé les sacrés ombrages?

amusements légers Roule votre sollicitude; Tous autres mots sont étrangers A votre aimable solitude.

Ni vos craintes ni vos désirs N'ont rapport aux grandeurs humaines ; Vous qui renoncez aux plaisirs.

Pourquoi sentiriez-vous les peines ?

Parlez-moi sans déguisement:

Je suis homme d'expérience^ Et démêle trop nettement Les causes de votre silence.

0 Dieux ! dans quels pièges conduit L'air d'une flatteuse apparence, Lorsque la doulem' s'introduit Sous le masque de l'espérance !

!-PITRES. i63

J'ai cru que l'on m'ouvroit les cieiLx Quand j'ai vu votre lettre ouverte.

Sans me défier que mes yeux

Y liroient l'arrêt de ma perte.

Dacier, Tourreil et Tallemant,

Y brillent comme ces étoiles Dont la nuit , dans le firmament , Borde le fond brun de ses voiles.

Vous m'y citez ce grand prélat De qui la suprême éloquence Sur Agen répand un éclat Qui s'étend plus loin que la France.

Il s'y distingue, il éblouit.

Comme un de ces grands luminaires Devant lesquels s'évanouit La clarté des astres vulgaires.

Vous m'oublierez facilement, Fière de tant d'amis illustres.

Non pour quatre mois seulement, Mais encore pour quatre lustres.

11 est vrai que vous m'en parlez Pour m'assm'er de leur estime ; Mais sous des noms dissimulés, Sais-je moins le poids qui m'opprime ?

Bien qu'à déguiser mes malheurs Vous vous montriez ingénieuse , Un serpent caché sous des fleurs A-t-il la dent moins venimeuse?

hPlTRES.

De ces justes approbateurs L'estime est un bonheur sans doute ; Mais j'en crains les appas flatteurs.

Quand je songe à ce qu'il m'en coûte.

Quoique avec ce titre éclatant, On puisse prétendre au mérite, Qu'ils ne yous occupent point tant, Parthénice; je les en quitte.

Eli quoi ! messieurs, en vérité, Vous suffit-il pas qa'on vous prône Tandis que dans l'obscurité Je languis au bord de la Saône?

Toute la gloire de notre art.

Je vous la cède avec justice ; Mais qu'on me laisse un peu de part Au souvenir de Parthénice.

Pardonnez à ce mouvement Dont je n'ai pas été le maître; La jalousie est un tourment.

Trop de contrainte la fait naître.

Rarement pour s'aventurer Du bon sens elle prend l'attache ; L'impnidente ose se montrer Aux lieux où son père se cache.

Le père se présentera Peut-être un jorn- à votre grille, Lorsque le timide saura Comment vous traiterez sa fille.

Épitbes.

A MADAME L. C

religieuse de Longcliamps.

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