‹ Œuvres posthumesChapitre 55 sur 89 · STANCES LIBRES · texte numérisé non relu

STANCES LIBRES

ous condamnez le noir, il vous est odieux, % Duchesse^ et son malheur me touche; •/'i J'ose appeler à vos beaux yeux

De cet arrêt de votre bouche.

Les filles du soleil, ces heures fugitives;,

Qui partagent tous nos moments.

Du blanc avec le noir mêlent les agréments.

Si les noires sont les plus vives.

J'en prends à témoiu les amants.

Si le ciel éclatant de blanc et de vermeil

Présente à nos regards , qu'il offusque et qu'il lasse.

Toute la pompe du soleil,

Trouvez-vous qu'il ait moins de grâce

Lorsque sans tumulte et sans bruit

Il paroit sous de sombres voiles,

Mêlant la noh'ceur de la nuit

Avec l'or bruni des étoiles ?

Et vous , noires forêts , retraite du sUencc ,

Où les cœurs tendrement touchés , De leurs ennuis profonds , de leurs tourments cachés ,

Vont soulager la violence.

Par quelle charmante douceur Savez-vous alléger le poids qui les opprime!

Oh! qu'elle ajoute un trait sublime

A l'élocre de la noirceur!

Pièces Diverses. 279

Vous savez quelle fut la fille de Gérés ?

Vu sombre lumiueux régnoit dans ses attraits;

Toutefois, le tyrau des ùmes

Fut arrêté dans ses liens; Sa noirceur fit sentir au monarque des flammes

Des feux plus cuisants que les siens.

Sous la sombre vapeur qu'txhalent ses pavots, Couché nonchalamment sur un lit de repos , Le plus charmant des dieux, dans la grotte enchantée, Brûle pour tes yeux noirs, galante Pasithée.

Cette Hélène, pour qui la Grèce Au ravisseur troyeu fit sentir son courroux ,

Avoit les sourcils et la tresse,

Avoit les yeux, jeune Duchesse, Moins beaux, à dire vrai, mais noirs aiusi que vous.

Vous me direz que je me moque Avec ce creux raisonnement.

Et que si la noirceur vous choque.

Ce n'est que dans rhabillement; Mais si la muse à mon idée.

Trouve des termes à fournir.

Je prétends sur ce point vous faire convenir Que vous n'êtes pas mieux fondée.

Le noir, dans son ajustement,

A des fonctions infinies.

Et nos sages aïeux en ont fait l'ornement

Des plus nobles cérémonies.

En noir on fait sa cour ; c'est un habit pompeux Que le bal n'exclut point de sa galanterie. En noir on se visite, en noir on se marie. En noir à nos autels on présente ses vœux.

28o Pièces Diverses.

Le noir, par son contraste , est pour un beau visage

Le plus avantageux atour.

C'est ainsi que l'astre du jour Se montre plus l)rillant quand il perce un nuage. Le noii" de la beauté relève la splendeur; Son éclat se nourrit sous cette ombre épaissie.

La blonde en a moins de fadeur, Et la piquante brune en paroît éclaircie. C'est la couleur du deuil , il faut qu'on le confesse. Et ce sera le fort de vos objections;

Mais pour le noir, belle Duchesse,

Renoncez aux préventions :

Car s'il convient à la tristesse ,

Il convient aux successions.

A ces grandes raisons je n'en ajoute qu'une.

Mais dont le poids est important :

Ce joli petit chat que vous chérissez tant, Sur son habit doré charge la couleur brune ;

Jugez par là si vous devez Garder contre le noir une haine si foi te.

Haïssez-le, si vous pouvez ; Mais haïssez aussi le mignon qui le porte.

Pièces Diverses. 281

ELEGIE

ans une forêt solitah'e De chênes plus vievLX que le temps.

Où jamais le soleil par ses feux éclatants Des amours tristes ou contents N'interrompt le mystère, Philène, avec Iris cruellement brouillé ,

D'une réflexion funeste.

Le teint livide et l'œil mouillé , Donnoit à sa doiileur l'aliment indigeste.

Est-ce vous , lieu délicieux ,

Disoit-U d'ime voLx touchante ,

Autrefois si cher à mes yeux, Et si commode à ma flamme constante?

Quel destin vous rend ennuyeux?

Quel démon jaloux vous enchante?

Oui, je vous reconnois : c'est vous, somhre séjour, Où l'équitable Iris recevoit mon hommage;

C'est vous , où son timide amour Dans vos obscurités venoit prendre courage. Voici le vert gazon, voici le frais ombrage.

Où tous deux mollement couchés.

Où tous deux, d'un seul trait également touchés.

Elle me tenoit ce langage :

« Tu le veux donc, cruel, m'arracher cet aveu Qui coûte à ma pudeur une contrainte extrême ? Il faut donc à tes yeux étaler tout mon feu ,

Il faut te dire que l'on t'aime?

Eh bien , puisqu'il le faut, mon cœur tendre y consent, Et n'écoute plus rien que l'ardeur qui l'en presse :

28i PlfeCKS DlVKRSF.S.

Il VU t'aniiniidrc ce (pi'il sent.

Jouis , iiicss.uit licrtrci', jouis do ma foililcssi'. Je t'ainin, chef IMiili'nc, et mon cœur cncbauté Obéit sans munnure à la nécessité

Du feu qui me dévore.

De sou liourcusc étoile il apprcive les lois ; Enfin , s'il se pouvoit que l'on aimât par choix , Il t'aimeroit encore. »

Quels baisers ! quels embrassements

Suivirent ces mots favorables!

Les rois dans leur grandeur ont-ils de tels moments? Les dieux même, en leur gloire, on ont-ils de semblables? Mai.s jiouniuoi rapitilur ce iilaisir effacé

Dans ma mémoire trop lidèle? Rigoureux soiivenir de mon bonheur passé, Soyez enseveli dans la nuit éternelle.

Dans ce moment le berger entendit Sur un arbre voisin deux jeunes tourterelles :

Leur murnmrc amoureux rendit Son souci plus cuisant , ses peines plus cruelles.

Il parcourt d'un œil ennemi

Les ouvertures du feuillage,

Qui ne lui cachoient qu'à demi Leur galant badinage.

Sur ces oiseaux enfin son regard est porte;

Conduit par leur tendre murmure, Il les voit travailler à le.r postérité, V.t iiréjurer un nid pour leur race future.

Ils fondoient leur espoir trompeur

Dessus la branche la mieux faite,

Et se donnoient avec aideur

Deux baisers pour chaque bûchette.

Pièces Diverses.

c-Si

Philéne en est émn : leur honheur l'inquiète ;

Il ramasse un caillou qu'il trouve près de lui,

Et s'écrie en fureur : La même solitude

Verra donc vos plaisirs et mon inquiétude.

Et des plus doux transports vous ferez votre étude

Pendant que je mourrai d'ennui !

Ah: g-jùtez comme moi votre honheur en songe; De mon sort rigoureux ressentez le pouvoir.

Succomhez sous le désespoir

Où l'infidèle Iris me plonge.

A ces terrihles mots il fixe ses regards; Le coup funeste part, et l'atteinte est si franche.

Qu'il jette dans les airs épars

Le nid , les oiseaux et la branche.

Pièces Diverses.

LA MUSIQUE

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