NOBLE MANIÈRE DE RÉPRIMANDER
ien ne mortifie tant les hommes emportés que le sang-froid de ceux auxquels ils ont affaire, surtout quand ce sont des gens que leur rang et leur mérite mettent hors de soupçon de manquer de puissance ou de courage pour se ressentir. Un jour à Paris, dans un embarras de carrosses, certains jeunes officiers qui se promenoient dans un fiacre ayant accroché le carrosse de M. de Turenne, dont ils ne connoissoient point la livrée, ils querellèrent son cocher et ses laquais. Ils firent plus; ils descendirent et leur donnèrent cent coups. M. de Turenne, pendant la mêlée, demeuroit tranquille dans son carrosse. Soit qu'on le nommât à ces étourdis ou que quelqu'un d'entre eux l'eût reconnu, ils allèrent à lui, au désespoir de leur promptitude, et le supplièrent d« la leur pardonner. 11 leur demanda froidement où ils demeuroient, et ces gens tout interdits hésitant à le dii-e, crainte que ce fût pour les faire arrêter, il répéta deux ou trois fois la même instance. A la fin , ils furent contraints de lui dire leur demeure avec de nouvelles soumissions. — Non, Messieurs, leur dit ce grand homme en souriant, n'appréhendez rien. Mes valets sont des marauds qui n'ont que ce qu'ils méritent et qui se prévalent de ce que je ne sais point battre. J'en ai encore d'autres chez moi qui ne valent pas mieux, et j'ai voulu apprendre votre logis pour vous prier de trouver bon que je vous les envoie, parce qu'il me semble que vous battez fort bien.
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Saa Bons Mots.