‹ Œuvres posthumesChapitre 8 sur 89 · LA DUCHESSE DE NOAILLES · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE NOAILLES

^®<^^^ près quinze ans d'absence déplorable ,

.m/A^^ Prêt de paroître à votre aspect charmant,

Wf^\^i ^'^'^''^^^ vè\é, Duchesse incomparable,

çr^Saro Ce me sembloit, un joli compliment.

Je dis rêvé, car gens dont le Permesse

Dans ses détours va l'esprit embrouillant,

Sont grands rêveurs, surtout quand la vieillesse

De leur génie émousse le brillant.

J'estimois donc que j'allois me répandre

En beaux discours pour vous féliciter

De tons les biens qu'au monde on peut prétendre,

Oa'à peine ailleurs le ciel fait dégoutter,

Et que sur vous il fait pleuvoir à verse.

Par ce héros je devrois débuter,

Qui de Minerve ennoblit le commerce.

Tandis que Mars cesse de tempêter;

Qui, dans la paix, du beau sang des Noailles

Par sa prudence illustra les talents.

Comme il faisoit en forçant des murailles

Durant la guerre aux climats catalans.

Héros partout, et qui toujours soupire

D'aussi bon cœur qu'au jour du sacrement,

Pour vos appas : héroïsme, à vrai dire.

Dont grands seigneurs se piquent rarement.

De votre fait sont preuves authentiques

I. Françoise d'Aubigné , mariée le ler avril 1698 à Adrien Maurice, duc d'Ayen, duc de Noailles, après la mort d'Anne - Jules son père, arrivée le 2 octobre 1709

94 Epitres.

Les chers enfants que l'on voit fourmiller

Dans ce palais où les arts magnifiques

Tous à l'envi s'efforcent de briller;

Enfants si beaux , qu'à bon droit s'en étonne

Dame nature, encor qu'aux plus grands frais

Elle ait fourni. La jalouse Latone

N'ose des siens faire étalage auprès.

Bien je conviens qu'ils vous font de la peine

A mettre au jour : ils naissent tout armés;

Le poids est lourd : témoin le capitaine

Dont le prodige est des plus renommés,

Qui, commençant au premier de ses lustres,

Par un emploi des premiers de l'Etat *,

A ce début , de ces aïeux illustres

Promet atteindre ou surpasser l'éclat.

Encor voulois vous parler de la chaîne

D'un jeune objet qu'où ne peut trop vanter,

Déjà chargé de la croix de Lorraine 2,

Fardeau pourtant assez doux à porter.

C'est à peu près ce que je croyois dire

En répétant à part moi ma leçon,

Quaud ces attraits qu'en vous la cour admire,

De perroquet me rendirent poisson :

Moi qui de vous n'avois vu que l'enfance.

De votre éclat je fus tout étourdi.

Oh! dis-je alors, que grande est la distance

De ton lever, soleil , à ton midi !

1. Louis de Noailles, duc d'Ayen, né le 21 avril 1713, fut pourvu le 2 février 1718 de la survivance de la charge de capitaine des gardes qu'avoit son père, du gouvernement de Roussillon et de la capitainerie de Saint-Gcrmain-en-Layc.

2. Françoise Adélaïde de Noailles, née en 1704 , mariée le ta mai 1717 à Charles de Lorraine, comte d'Armagnac, grandécuyer de France.

Épitres. 95

Sotte pudeur me coupa la parole ;

Rusticité par la gorge me prit :

Homme j'entrois, je ressortis idole;

Tel l'aperçut qui sous cape en sourit:

Au grand besoin me manqua l'éloquence.

Coup de soleil pour moi fut coup fatal;

A peine sais si fis la révérence ,

Ou si la fis, à coup sur la fis mal.

Moins sais-je encor si pitié vous en eûtes;

De vos bontés je le présume ainsi.

Toujours souvient à Robin de ses flûtes.

Dit le proverbe; il m'en souvient aussi.

Dans ce désordre, où d'une voix tremblante

Je demandai votre protection

Près de l'époux dont l'étoile puissante

Peut influer sur ma prétention;

Entériner parûtes ma requête;

Deux ou trois mots, un regard obligeant.

Tout en étoit, et certain coup de tète.

Dont n'aurois pris cent marcs de bon argent.

Mais si pourtant votre prudence exquise

Craint de ma part desseins ambitieux.

Voici le fait, et si je le déguise.

Bannissez-moi pour jamais de vos yeux.

Je ne prétends, pour prix de mes services,

Ni pension, ni charges, ni brevets.

Acquits patents, emplois ni bénéfices :

Un peu d'honneur bornera tous mes souhaits.

Sans s'appauvrir en aucime manière,

D'un tel bienfait le roi peut trafiquer.

Et la noblesse est comme la limiière,

Que l'on augmente à la communiquer.

Mon premier vœu est d'obtenir la grâce

Que je poursuis ; mais si, pour mon tourment.

ÉpITRE:

Un beau néant doit en remplir la place , Faites du moins que ce soit promptement; Ce me sera sans doute allégement, Et prompt refus adoucit la disgrâce.

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