A MONSIEUR LE MARQUIS
DE DAXGEAU.
e plus sage des rois, du jardin de la France Commet la symétrie à notre vigilance.
L'auteur du feu di^■in si brûlant et si pur. Sur votre illustre ilanc pend au cordon d'azur. Aussi fort d'un seul bras qu'Hercule des épaules. Au ciel de la beauté vous soutenez les pôles. Et l'astre qui préside à vos prospérités. Mêle à l'éclat du sang celui des dignités. Cet amas de grandeurs et de titres célèbres Ne peut de l'avenir éluder les ténèbres. Marquis; le temps, jaloux du destin le plus beau, En obscurcit l'orgueil dans la nuit du tombeau. Qui donc saura, dùt-il en gagner la migraine. Qui fut, sous Dagobert, gouverneur de Touraine? Guerriers à l'astre d'or, du roi Jean si chéris, Avec le \ieux Froissard vos noms s'en vont pourris, Et votre siècle ignore, aux vêpres du dimanche. Quel seigneur par la main menoit la reine Blanche.
Adore qui voudra ces honnem's fugitifs : Pour nous, que le bon sens rend plus spéculatifs, A la seule vertu déférant notre hommage, Nous respectons en vous son excellent ouvrage, Nous respectons en vous un sage courtisan , D'im bonheur sans éclipse admirable artisan ; Un esprit cultivé, qu'égale un cœur sublime Où contraste le tendre avec le magnanime; Un goût du viai mérite ardemment amoureux ; Une main toujours prête à tendre aux malheureux;
go Épitres.
Un don de probité peu fréquent où vous êtes; Un modeste mépris des grâces que vous faites, Et mille autres talents qu'il me seroit plus doux, Dangeau , d'exagérer à tout autre qu'à vous.
Sur ces sujets pompeux quand ma plume s'exerce.
Avec les immortels je me crois en commerce.
Et mon âme extatique espère, à chaque trait.
Des vertus que je peins contracter le portrait.
Que de temps j'ai perdu, que de mots, que de lignes!
Que d'encens prodigué pour des sujets indignes ,
Où mon œil, ébloui du jour qui le frappoit,
Mesuroit le mérite au raug qu'on occupoit !
J'adorois le veau d'or en bon Israélite ;
Vous m'avez redressé : le ciel vers vous m'acquitte.
Ainsi , de son jarret exerçant la roideur, Un brac encor bouillant de sa première ardeur, Pille sm' une taupe ou pousse une hirondelle, En dépit du chasseur dont la voix le rappelle. Mais quand l'âge et le soin l'ont rendu créance, Il suit son vrai gibier après l'avoir lancé , Sans change, sans défaut, dùt-il courre une lieue , Et pour les oisillons pas im seul coup de queue.
Mais j'entends ma raison qui se met sur les rangs :
N'espérons plus, dit-elle, à la faveur des grands;
Par un trait de chimie entre eux accoutumée.
L'or de la bonne foi se résout en fumée.
Et lem- art sait réduire au fond de ses creusets
Des quintaux de promesse en des onces d'effets.
Oui, tout tardif qu'il est, l'avis seroit passable,
Si d'aspirer à rien j'étois eucor capable ;
Mais de ce faux espoir que mon cœur a nourri,
Épures. 91
La sage expérience à la fia m'a guéri. J'ai compris qu'aisément le souvenir s'efface Des services rendus par qui n'est plus en place : J ai fait passe à la cour pour un vieux mot usé; Je fais, qui le supplante, est seul favorisé.
Et quel essai nouveau peut me rester à faire ? Irai-je dans im camp, dragon sexagénaire. Suranné grenadier, à la honte de Mars, Croître au jour d"ua combat la foule des fuyards? Me verra-t-on , instruit dans la magistrature. Sur l'espoir déploré de l'étude future.
Novice décrépit de l'ordre de Thémis, Au mépris du palais livrer mes cheveux gris? Sur la bourse d'autrui , s'il veut m'en être large, Dois-Je à la cour traiter d'une nouvelle charge , Et d'emprunts sur emprunts chargeant mon capital , Réduire ma famille au pain de l'hôpital ? Non, non, qui du naufrage a subi la disgrâce. D'une mer qui lui rit craint jusqu'à la bonace. Et, dégouttant des flots du perfide élément. Sur l'autel de Neptune il pend son vêtement.
Ce n'est pas sans sujet si je vous fais entendre Qu'aux grâces, qu'aiix emplois je renonce à prétendre; Je suis assez instmit qu'un compliment rimé A tout l'air chez les grands d'un poison parfumé, Et qu'on y craint souvent qu'une muse indiscrète Ne porte à son héros quelque botte secrète. Jupiter, dont la rase inventa tant de tours Pour conduire à bon port ses volages amours. Sans doute sur les bords de l'onde chevaline Sous la forme d'un gueiLx suborna Mnémosyne; Cette métamorphose , au troupeau des neuf sœurs.
92 ËPIÏHES.
Du père putatif dut inspirer les mœurs.
D'où vient qu'au grand mépris de leurs chansons savantes
On ne trouve en tous lieux que muses mendiantes?
La mienne à demander rarement s'avilit, Et par là je conclus qu'elle est d'un autre lit. Elle sent ses besoins peut-être autant qu'un autre, Et connoit quel crédit et quel cœur est le vôtre. Mais, Seigneur, ses désiis savent se retrancher A l'honneur de vous suivre et de vous approcher; D'aucune ambition mon âme n'est tentée Que d'aller jusqu'à vous en nouveau Prométhée. Et du céleste feu dont vous étincelez.
Remporter en fuyant quelques rayons volés. Si les vents jusque là daignent enfler mes voiles, Je crois toucher du doigt la voûte des étoiles.
Pour punir un dessein follement entrepris. Vous pouvez m'attacber au rocher du mépris; Vous pouvez, par l'arrêt d'une juste vengeance. Me livrer aux vautours de votre indifférence, Et mettre mon épitre au vilain cabinet Où Molière condamne mi malheureux sonnet. Mais j'ai d'une nuance affoibli ma vergogne; Et si je dois rougir de mon zèle indiscret. C'est rougir un peu moins que rougir en secret-
Ce roi qui le premier mit les rois hors de page.
Un jour, à ce qu'on dit, reçut certain message
Portant que les Génois, perverse nation,
A se donner à lui prenoient dévotion ;
Lors par une saillie à mon goût agréable;
« Et moi, je vous apprends que je les donne au diable. »
Repart le bon Louis. Ce fut un maître roi.
Vous ferez bien, marquis, d'en dire autant de moi.
Épitres. gi
A MADAME