AU DUC DE NOAILLES
MONSEIGNEUB,
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our satisfaire à l'ordre qu'il vous a plu me donner par la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je vous envoie la dernière production de mes
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muses. Le sujet en est triste et touche certains endroits qui ne sont pas autrement ajustés à la délicatesse des oreilles qui ne peavent soufEiir la vérité. Mais comme je vous connois aussi avantageusement partagé de bon esprit comme vous l'êtes du beau, j'ai cru cpie vous entendriez raison là-dessus, et que, dans la situation malheureuse où le monde se trouve, vous ne désapprouveriez pas que j'essayasse d'adoucir l'amertume des idées qui m'en reviennent en les passant par l'alambic de la poésie. Peut-être que si nous retournons sincèrement à Dieu, coname les dernières strophes de mon ode nous y invitent, sa bonté ne dédaignera pas de nous fournir quelque jour la matière à chanttr sur un autre ton. Si je l'osois. Monseigneur, je vous supplierois très-humblement de me faire instruire de temps à autre de votre destinée par quelqu'un de vos secrétaires. Quand mon pam-re Bellocq étoit vivant, je savois à point nommé toutes vos grandes actions. Il m'avertissoit de toutes choses, et sa ■vigilance suivoit votre gloire pas à pas. A présent, destitué d'un tel secours, je vis dans une ignorance invincitde; je n'apprends les plus beaux traits de notre histoire que par les gazettes et dans un temps qui feroit perdre toute la grâce de la nouveauté à la part que j'y pourrois prendre. J'ignore même si vous commanderez cette campagne les armées du roi et si vous irez forcer l'opiniâtreté de nos ennemis à nous accorder la pais. Ce que je sais très-certainement , c'est qu'à quel emploi que la Pro-sidence vous destine, vous vous en acquitterez toujours avec cette valeur et cette prudence connues de toute la terre, dont l'emie elle-même ne peut pas disconvenir. Honorez-moi, s'il vous plait, de quelques marques de votre souvenir; je vous en conjure. Monseigneur, par la profonde vénération que j'ai pour vos illustres qua-
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lités et par le respect avec lequel j'ai l'honneur d'être. Monseigneur,
Votre très, etc.