‹ Œuvres posthumesChapitre 89 sur 89 · A MONSEIGNEUR DE FRÉJUS · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR DE FRÉJUS

u d'Apollon la lumière n'est claire Sur l'avenir, ou vous effacerez Armand et Jule , à qui le minisl^re A fait des noms si grands, si révérés.

Seul héritier vous serez de leur gloire, De leurs défauts franc et débarrassé; Car fut l'un d'eus, au rapport de l'histoire. Vindicatif, et l'autre intéressé.

Or, en deux points, qui me font quelque peine , Vous surpassez ces fameux devanciers ; L'un, c'est l'éclat de la pourpre romaine. L'autre est le rang des ministres premiers.

Pour celui-ci , Louis peut à toute heure Vous honorer d'un nom si respecté.

Qu'importe, au fond, si, sans titre, en deineurc Par devers vous toute l'autorité î

Quant au surplus, bien seroit Rome ingrate De n'envoyer au jeune successeur Du vieux Pépin , ce large donateur, Pour son Mentor barrette d'écarlate.

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Après cela, Madame, vous ne me ferez pas jurer que je n'aie ressenti beaucoup de joie de l'élévation de mon protecteur. Si j'avois trente ans de moins, cet événement réveilleroit dans mon cœur quelque étincelle d'amLition ;mais il faudroit être fou pour songer à courir après les emplois à l'âge où je suis de quatre-vingttrois ans. Dans cette situation, on ne doit plus songer qu'à vivre tranquillement et à mourir en chrétien quand l'heure en sera venue. Peut-être que la source des grâces ne me sera pas fermée , si je m'en trouve dans le besoin; mais je puis vous assurer qu'à moins d'une pressante nécessité, je ne me rendrai pas importun.

Il ne me reste qu'à vous demander de vos nouvelles ; en premier lieu de votre santé, ensuite de vos affaires, et si la petite pension vous est continuée. Je serai ravi encore d'apprendre quelque chose de la destinée de M. et de M"» de Bécel. Sont-ils toujours insulaires, et la cour n'a-t-elle rien fait de plus pour eux ? Ce rétahlissement de M. Le Blanc m'en fait bien espérer. C'est une ancienne connoissauce , un homme généreux et bienfaisant. Sa justification a été une joie publique, et la mienne en a été très-grande par rapport à vous. Si après cela votre loisir et votre commodité vous le permettent , ce me sera une grande satisfaction si vous me voulez apprendre quelques nouvelles du temps. Nous ne les savons ici que par des bruits confus qui ne nous les rapportent que comme les objets que l'on envisage au travers des verres colorés qui en changent toute l'apparence. Je sais bien que les gens de la cour sont très-réservés à débiter ce qui s'y passe, mais je crois que vous me faites la justice de ne pas soupçonner ma fidélité, et que vous ne doutez pas que, dans une si

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longue vie, je n'aie appris à user discrètement de ce que l'on me confie.

Je prie Dieu^ Madame, du plus profond de mon cœur, qu'il lui plaise vous accorder une vie aussi longue que la mienne, aussi exempte de maladies et de chagrins et comblée des faveurs de la cour, et surtout des grâces d'en haut. C'est ce que ne cessera point, pendant qu'il vivra, de demander pour vous à Sa divine Majesté, Madame ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

De Sénecé.

Si vous voyez quelquefois M. Mesnard, je vous prie de lui dire que je ne perdrai jamais le souvenir des obligations que je lui ai. Il m'a fait l'honneur de m'écrire trois ou quatre lettres des plus polies et des plus spirituelles , et il m'a rendu tous les services qu'il a pu. Je crois que je dois à votre recommandation toutes ces honnêtetés.

Fin des Œuvres posthdsies.

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