GIRARDIN
(Note de Ch, Bandelaîre,)
La femme est naturelle, c'est-à-dire abomina* We.
Aussi est-elle toujours vulgaire, c'est-à-dire le contraire du dandy.
Relativement à la Légion d'Honneur, — Celui qui demande la croix a Tair de dire : Si Ton ne me décore pas pour avoirfait mon devoir, jene recommencerai plus.
Si un homme a du mérite^ à quoi bon le décorer? S'il n'en a pas, on peut le décorer, parce que [cela] lui donnera un lustre.
Consentir à être décoré, c'est ' reconnaître à l'Etat et au prince le droit de vous juger, de vous illustrer, et cœtera.
D'ailleurs, si ce n'est l'orgueil, l'humilité chrétienne défend la croix.
Calcul en faveur de Dieu. — Rien n'existe sans but. Donc mon existence a un but. Quel but? Je l'ignore. Ce n'est donc pas moi qui l'ai marqué. C'est donc quelqu'un plus savant que moi. Il faut donc prier ce quelqu'un de m'éclairer. C'est le parti le plus sage.
Le dandy doit aspirer à être sublime, sans interruption. Il doit vivre et dormir devant un miroir.
Analyse des contre-religions ; exemple : la prostitution sacrée.
Qu'est-ce que la prostitution sacrée ? Excitation nerveuse. — Mysticité du paganisme. Le mysti-
cisme, trait d'union entre le paganisme et le christianisme. Le paganisme et le christianisme se prouvent réciproquement.
La révolution et le culte de la Raison prouvent ridée du sacrifice.
La superstition est le réservoir de toutes les vérités.
Il y a dans tout changement quelque chose d'infâme et d'agréable à la fois, quelque chose qui tient de l'infidéUté et du déménagement. Cela suffit à expliquer la Révolution française.
Mon ivresse en 1 848. De quelle nature était cette ivresse? Goût de la vengeance. Plaisir naturel de la démolition. Ivresse littéraire; souvenir des lectures.
Le i5 Mai. Toujours le goût de la destruction. Goût légitime, si tout ce qui est naturel est légitime.
Les horreurs de Juin. Folie du peuple et folie de la bourgeoisie. Amour naturel du crime.
Ma fureur au coup d'État. Combien j'ai essuyé de coups de fusil ! Encore un Bonaparte ! Quelle honte !
Et cependant tout s'est pacifié. Le Président n'at-il pas un droit à invoquer?
Ce qu'est l'Empereur Napoléon III. Ce qu'il vaut.
Trouver l'explication de isa nature, et sa providentialité.
Etre un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux.
i848 ne fut amusant que parce que chacun y faisait des utopies comme des châteaux en Espagne.
i848 ne fut charmant que par l'excès même du ridicule.
Robespierre n'est estimable que parce qu'il a fait quelques belles phrases.
La Révolution, par le sacrifice, confirme la superstition.
Politique. — Je n'ai pas de convictions, comme Tentendent les gens de mon siècle, parce que je n'ai pas d'ambition.
Il n'y a pas en moi de base pour une conviction.
Il y a une certaine lâcheté, ou plutôt une certaine mollesse chez les honnêtes gens.
Les brigands seuls sont convaincus, — de quoi ? — Qu'il leur faut réussir. Aussi, ils réussissent.
Pourquoi réussîrais-je, puisque je n'ai même pas envie d'essayer?
On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l'imposture.
Cependant j'ai quelques convictions, dans un sens plus élevé, et qui ne peut pas être compris par les gens de mon temps.
Sentiment de solitude^ dès mon enfance. Malgré la famille, et au milieu des camarades, surtout, — sentiment de destinée éternellement solitaire.
Cependant, goût très vif de la vie et du plaisir.
Presque toute notre vie est employée à des curiosités niaises. En revanche, il y a des choses qui devraient exciter la curiosité des hommes au plus haut degré, et qui, à en juger par leur train de vie ordinaire, ne leur en inspirent aucune.
Où sont nos amis morts? Pourquoi sommesnous ici ? Venons-nous de quelque part ? Qu'est-ce que la liberté? Peut-elle s'accorder avec la loi providentielle ? Le nombre des âmes est-il fini ou infini? Et le nombre des terres habitables? etc., etc...
Les nations n'ont de grands hommes que malgré elles. Donc, le grand homme est vainqueur de toute sa nation.
Les religions modernes ridicules : Molière, Béranger, Garibaldi.
La croyance au progrès est une doctrine de paresseux, une doctrine de Belges. C'est l'individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne. Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c'est-à-dire moral) que dans l'individu et par l'individu lui-même. Mais le mondeest fait de gens qui ne peuvent penser qu'en commun, en bandes. Ainsi les Sociétés belges. Il y a aussi des gens qui ne peuvent s'amu-
ser qu^en troupe. Le vrai héros s'amuse tout seul.
Étcrndle supériorité du dandy. Qu'est-ce que le dandy?
Mes opinions sur le théâtre. Ce que j'ai toujours trouvé de plus beau dans un théâtre, dans mon enfance, et encore maintenant, c'est le lustre y — un bel objet lumineux, cristallin, compliqué, circulaire et symétrique.
Cependant je ne nie pas absolument la valeur de la littérature dramatique. Seulement, je voudrais que les comédiens fussent montés sur des patins très hauts, portassent des masques plus expressifs que le visage humain, et parlassent à travers des porte-voix; enfin que les rôles de femmes fussent joués par des hommes.
Après tout, le lustre m'a toujours paru l'acteur principal, vu à travers le gros bout ou le petit bout de la lorgnette.
Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser.
Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, lune vers Dieu, l'autre vers Satan.
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L'invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. C'est à cette dernière que doivent être rapportées les amours pour les femmes et les conversations intimes avec les animaux, chiens, chats, etc..
Les joies qui dérivent de ces deux amours sont adaptées à la nature de ces deux amours.
Ivresse d'humanité ; grand tableau à faire, dans le sens de la charité, dans le sens du libertinage, dans le sens littéraire ou du comédien.
La question (torture) est, comme art de découvrir la vérité, une niaiserie barbare; c'est l'application d'un moyen matériel à un but spirituel .
La peine de mort est le résultat d'une idée mystique, totalement incomprise aujourd'hui. La peine de mort n'a pas pour but de sauver la société, ma^^riellement du moins. Elle a pour but de sauver (spirituellement) la société et le coupable. Pour que le sacrifice soit parfait, il faut qu'il y ait assentiment et joie, de la part de la victime. Donner du chloroforme à un condamné à mort serait une impiété, car ce serait lui enlever la conscience de sa grandeur comme victime et lui supprimer les chances de gagner le paradis (i).
(i) Sur une feuille volante :
« Dandies.
«L'envers de Claude Gueux. Théorie du sacrifice. Légitimation de
Quant à la torture, elle est née de la partie infâme du cœur de l'homme, assoiffé de voluptés. Cruauté et volupté, sensations identiques, comme Textrême chaud et Textrême froid.
Ce que je pense du vote et du droit d'élection. Des droits de l'homme.
Ce qu'il y a de vil dans une fonction quelconque.
Un dandy ne fait rien. Vous figurez-vous un dandy parlant au peuple, excepté pour le bafouer?
Il n'y a de gouvernement raisonnable et assuré que l'aristocratique.
Monarchie ou république, basées sur la démocratie, sont également absurdes et faibles.
Immense nausée des affiches.
Il n'existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer.
Les autres hommes sont taillables ou corvéables, faits pour l'écurie, c'est-à-dire pour exercer ce qu'on appelle des professions.
Observons que les abolisseurs de la peine de mort doivent être plus ou moins intéressés à l'abolir. Souvent, ce sont des guillotineurs. Cela peut
la peine de mort. Le sacrifice n'est complet que par le sponte sua de la victime.
« Un condamné à mort gui, raté par le bourreau, délivré par H^ peuple, retournerait au bourreau. Nouvelle justification de la peine de mort. » (Collection Crépet.)
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se résumer ainsi : « Je veux pouvoir couper ta tête, mais tu ne toucheras pas à la mienne. »
Lesabolisseurs d'âmes (matérialistes) sont nécessairement des abolisscurs d! enfer; ils y sont, à coup sûr, intéressés.
Tout au moins, ce sont des gens qui ont peur de revivre, des paresseux.
M"*® de Metternich, quoique princesse, a oublié de me répondre, à propos de ce que j'ai dit d'elle et de Wagner (i). Mœurs du xix® siècle.
Histoire de ma traduction d'Edgar Poe. Histoire des Fleurs du Mal. Humiliation par lemalentendu, et mon procès.
Histoire de mes rapports avec tous les hommes célèbres de ce temps. Jolis portraits de quelques imbéciles, Clément de Ris, Castagnary. Portraits de magistrats, de fonctionnaires, de directeurs de journaux. Portrait de l'artiste, en général.
Du rédacteur en chef et de la pionnerie. Immense goût de tout le peuple français pour la pionnerie et pour la dictature. C'est le Si fêtais roi!
Portraits et anecdotes.
François Buloz, Houssaye, le fameux Rouy, de Calonne. Charpentier qui corrige ses auteurs, en vertu de l'égalité donnée à tous les hommes par les immortels principes de 89. — Chevalier, véritable rédacteur en chef selon l'Empire.
(i) V. Œuvres complètes j t. III, pp. 256-57-
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Sur George Sand. — La femme Sand est le Prudhomme de Timmoralité. Elle a toujours été moraliste. Seulement elle faisait autrefois de la contre-morale. Aussi elle n'a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant, cher aux bourgeois.
Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde. Elle a, dans les idées morales, la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues. Ce qu'elle a dit de sa mère ; ce qu'elle dit de la poésie. Son amour pour les ouvriers.
Que quelques hommes aient pu s'amouracher de
cette l , c'est bien la preuve de l'abaissement
des hommes de ce siècle.
George Sand est une de ces vieilles ingénues qui ne veulent jamais quitter les planches.
Voir la préface de Mademoiselle La Quintinie, où elle prétend que les vrais chrétiens ne croient pas à l'enfer. La Sand est pour le Dieu des bonnes gens, le dieu des concierges et des domestiques filous.
Elle a de bonnes raisons pour vouloir supprimer l'enfer.
Le diable et George Sand.
II ne faut pas croire que le diable ne tente que les hommes de génie. Il méprise sans doute les imbéciles, mais il ne dédaigne pas leur concours. Bien au contraire, il fonde ses grands espoirs sur ceux-là.
Voyez George Sand. Elle est surtout, et plus que toute autre chose, une grosse bête ; mais, elle est possédée. C'est le diable qui lui a persuadé de se fier à son bon cœur et à son bon sens, afin qu'elle persuadât toutes les autres grosses bêtes de se fier à leur bon cœur et à leur bon sens.
Je ne puis penser à cette stupide créature, sans uti certain frémissement d'horreur. Si je la rencontrais, je ne pourrais m'empêcher de lui jeter un bén-itier à la tête.
Je m'ennuie en France, surtout parce que tout le monde y ressemble à Voltaire.
Emerson a oublié Voltaire dans ses Représentants de r humanité. Il aurait pu faire un joli chapitre intitulé Voltaire ou l'antipoète, le roi des badauds, le prince des superficiels, l'antiartiste, le prédicateur des concierges, le père Gigogne des rédacteurs du Siècle.
Dans les Oreilles du Comte de Ckesterjield, Voltaire plaisante sur cette âme immortelle qui a résidé, pendant neuf mois, entre des excréments et des urines. Voltaire, comme tous les paresseux, haïssait le mystère.
Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Eglise a Toulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage.
[En marge.] Au moins aurait-il pu deviner dans cette localisation une malice ou une satire de la
JOURNAUX INTIMAS
Providence contre Tamour, et, dans le mode de la génération, un sig^ne du péché originel. De fait, nous ne pouvons faire Tamour qu'avec des organes cxcrémentiliels.
Portrait de la canaille littéraire. Doctor Estaminetus Crapulosus Pedantissimus. Son portrait fait à la manière de Praxitèle. Sa pipe, ses opinions, son hégélianisme, sa crasse, ses idées en art, son fiel, sa jalousie. Un joli tableau de la jeunesse moderne.
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TfSÇOVTCOV .
ELIEN (l).
La théologie. Qu'est-ce que la chute? Si c'est l'unité devenue dualité, c'est Dieu qui a chuté. En d'autres termes, la création ne serait-elle pas la chute de Dieu?
Dandysme, Qu'est-ce que l'homme supérieur?
Ce n'est pas le spécialiste. C'est Thomme de loisir et d'éducation générale. Etre riche et aimer le travail.
Pourquoi l'homme d'esprit aime les filles plus que les femmes du monde, malgré qu'elles soient également bêtes? A trouver,
(i) Pcul-êtpe convient- il de rapprocher cette citation du paragraphe ; « Pourquoi le poète ne scrait-il pas... un éleveur de' serpents, etc.. y>, V. la Réponse à Jules Janiriy p. 3 18.
Il y a de certaines femmes qui ressemblent au ruban de la Légion d'honneur. On n'en veut plus parce qu'elles se sont salies à de certains hommes. C'est par la même raison que je ne chausserais pas les culottes d'un galeux.
Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour, c'est que c'est un crime où l'on ne peut pas se passer d'un complice.
Etude de la grande maladie de l'horreur du domicile. Raisons de la maladie. Accroissement progressif do la maladie.
Indignation causée par la fatuité universelle de toutes les classes, de tous les êtres, dans les deux sexes, dans tous les âges.
L'homme aime tant l'homme que, quand il fuit la ville, c'est encore pour chercher la foule, c'est-àdire pour refaire la ville à la campagne.
Discours de Durandeau sur les Japonais. {Moi^ je suis Français avant tout.) Les Japonais sont des singes, c'est Darjon qui me l'a dit.
Discours du médecin, l'ami de Mathieu, sur l'art de ne pas faire d'enfants, sur Moïse, et sur l'immortalité de l'âme.
L'art est un agent civilisateur (Castagnary).
Physionomie d'un sage et de sa famille au cinquième étage, buvant le café au lait.
Le sieur Macquart père et le sieur Macquart fils.
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Comment le Macquart fils est devenu conseiller en Cour d'appel.
De Tamour, de la prédilection des Français pour les métaphores militaires. Toute métaphore ici porte des moustaches.
Littérature militante. — Rester sur la brèche. — Porter haut le drapeau. — Tenir le drapeau haut et ferme. — Se jeter dans la mêlée. — Un des vétérans. — Toutes ces glorieuses phraséologies s'appliquent généralement à des cuistres et à des fainéants d'estaminet.
Métaphore française.
Soldat de la presse judiciaire (Berlin).
La presse militante.
A ajouter aux métaphores militaires :
Soldat de la presse judiciaire (Bertin). Les poètes de combat. Les littérateurs d'avant-garde. Ces habitudes de métaphores militaires dénotent des esprits non pas militants, mais faits pour la discipline, c'est-à-dire pour la conformité, des esprits nés domestiques, des esprits belges, qui ne peuvent penser qu'en société.
Le goût du plaisir nous attache au présent. Le soin de notre salut nous suspend à l'avenir.
Celui qui s'attache au plaisir, c'est-à-dire au pré-
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sant, me fait Teffet d'un homme roulant sur une pente, et qui, voulant se raccrocher aux arbustes, les arracherait et les emporterait dans sa chute.
Avant tout, être un grand homme et un saint pour soi-même.
De la haine du peuple contre la bçauté. Des exemples : Jeanne (i) et M'^^» MuUer,
En somme, devant Thistoire et devant le peuple français, la grande gloire de Napoléon III aura été de prouver que le premier venu peut, en s'emparant du télégraphe et de rimprimerie nationale, gouverner une grande nation.
Imbéciles sont ceux qui croient que de pareilles choses peuvent s'accomplir sans la permission du peuple, — et ceux qui croient que la gloire ne peut être appuyée que sur la vertu !
Les dictateurs sont les domestiques du peuple, — rien de plus, unfoutu rôle d'ailleurs, et la gloire et le résultat de l'adaptation d'un esprit avec la sottise nationale.
Qu'est-ce que l'amour? Le besoin de sortir de soi.
L^homme est un animal adorateur. Adorer, c'est se sacrifier et se prostituer.
(i) Jeanne Duval, qui tint une si grande place dans la vie et le% affections du poète.
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Aussi tout amour est-il prostitution.
L'être le plus prostitué, c'est l'être par. excellence, c'est Dieu, puisqu'il est Tami suprême pour chcique individu, puisqu'il est le réservoir commun, inépuisable de l'amour.