PRIERE
Ne me châtiez pas dans ma mère et ne châtiez pas ma mère à cause de moi. — Je vous recommande les âmes de mon père et de Mariette. — Donnezmoi la force de faire immédiatement mon devoir tous les jours et de devenir ainsi un héros et un saint.
Un chapitre sur l'indestructible, éternelle, universelle et ingénieuse férocité humaine. De l'amour du saag, de l'ivresse du sang, de l'ivresse des foules. De l'ivresse du supplicié (Damiens).
Il n'y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat; l'homme qui chante, l'homme qui bàiit, l'homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est fait pour le fouet.
Défions-nous du peuple, du bon sens, du cœur, / de riœpiration et de l'évidence.
J'qî toujours été étonné qu'on laissât les femmes
entrer dans les églises. Quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu?
L'éternelle Vénus (caprice, hystérie, fantaisie) est une des formes séduisantes du diable.
Le jour où le jeune écrivain corrige sa première épreuve, il est fier comme un écolier qui vient de gagner sa première vérole.
Ne pas oublier un grand chapitre sur Tart de la divination par l'eau, les cartes, Tinspeclion de la main, etc..
La femme ne sait pas séparer Tâme du corps.
Elle est simpliste, comme les animaux. — un satirique dirait que c'est parce qu'elle n'a que le corps.
Un chapitre sur la toilette. — Moralité de la toilette, les bonheurs de la toilette.
De la cuistrerie. Des professeurs, des jugei^, des prêtres et des ministres.
Les jolis grands hommes du jour, Renan, Feydeau, Qctave Feuillet, Scholl.
Les directeurs de journaux, François Hiloz, Houssaye, Rouy, Girardin, Texier, de Calbnrie, Solar, Turgan, Dalloz.
Liste de canailles, Solar en tête.
Etre un grand homme et un saint pour soi-^ême voilà Tunique chose importante. i
Nadar, c'est la plus étonnante expression de vitalité. Adrien me disait que son frère Félixavait tous les viscères en double. J'ai été jaloux dejlui à
le voir si bien réussir dans tout ce qui n'est pas l'abstrait.
Veuillot est si grossier et si ennemi des arts qu'on dirait que toute la démocratie du monde s'est réfugiée dans son sein.
Développement du portrait. Suprématie de l'idée pure chez le chrétien comme chez le communiste babouviste.
Fanatisme de l'humilité. Ne pas même aspirer à comprendre la religion .
Musique. De l'esclavage. — Des femmes du monde. — Des filles. — Des magistrats. — Des sacrements. — L'homme de lettres est l'ennemi du monde. — Des bureaucrates.
Dans l'amour, comme dans presque toutes les affaires humaines, l'entente cordiale est le résultat d'un malentendu. Ce malentendu, c'est le plaisir. L'homme crie : mon ange! La femme roucoule :
Maman 1 maman ! Et ces. deux imbéciles sont persuadés qu'ils pensent de concert. — Le gouffre infranchissable, qui fait l'incommunicabilité, reste infranchi.
Pourquoi le spectacle de la mer est-il si infiniment et si éternellement agréable?
Il8 C^UVIVRS POSTUUIHES
Parce que la mer offre à la fois Tidée de Tim» mensité et du mouvement. Six ou sept lieues repré^ sentent pour Thomme le rayon de l'infini. Voilà un infini diminutif. Qu'importe, s'il suffit à suggérer ridée de l'infini total? Douze ou quatorze lieues de liquide en mouvement suffisent pour donner la plus haute idée de beauté qui soit offerte à l'homme sur son habitacle transitoire.
Il n'y a d'intéressant sur la terre que les religions.
Il y a une religion universelle faite pour les alchimistes delà pensée, une religion qui se dégage de l'homme, considéré comme naémento divin.
Saint-Marc Girardin a dit un mot qui restera : « Soyons médiocres ! » Rapprochons ce mot de celui de Robespierre : « Ceux qui ne croient pas à l'immortalité de leur être se rendent justice. » Le mot de Saint-p-Marc Girardin implique une immense haine contre le sublime.
Qui a vu Saint-Marc Girardin marcher dans la rua a conçu tout de suite l'idée d'une grande oie infatuée d'elle-même, mais effarée et courant sur la grande route, devant la diligence,
Théorie de la vraie civilisation. Elle n'est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes. Elle est dans la diminution des traces du péché originel.
Peuples nomades, pasteurs, chasseurs, agricoles et même anthropophages, tous peuvent être supé* rieurs par l'énergie, par la dignité personnelle, à nos races d'Occident. Celles-ci peut-être seront détruites. Théocratie et communisme.
C'est par le loisir que j'ai, en partie, grandi, — à mon grand détriment; car le loisir, sans fortune, augmente les dettes, les avanies résultant des dettes; mais, à mon grand profit, relativement à la sensibilité, à la méditation et à la faculté du dandysme et du dilettantisme,
Les autres hommes de lettres sont, pour la plupart, de vils piocheurs très ignorants.
La jeune fille des éditeurs. La jeune fille des rédacteurs en chef. La jeune fille épouvantajl, monstre, assassin de l'art.
La jeune fille, ce qu'elle est en réalité. Une petite sotte et une petite salope; la plus grande imbécillité unie à la plus grande dépravation.
Il y a dans la jeune fille toute l'abjection du voyou et du collégien.
Avis aux non-communistes : tout est commun, même Dieu.
Le Frfuiçais est un animal de basse-cour si bien
domestiqué qu'il n'ose franchir aucune palissade. Voir ses goûts en art et en littérature.
C'est un animal de race latine; l'ordure ne lui déplaît pas, dans son domicile, et, en littérature, il est scatophage. Il raffole des excréments. Les littérateurs d'estaminet appellent cela le sel gaulois.
Bel exemple de bassesse française, de la nation qui se prétend indépendante avant toutes les autres.
[Ici est collé sur le manuscrit cet entrefilet découpé dans un journal :]
a L'extrait suivant du beau livre de M. de Vaulabelle suffira pour donner une idée de l'impression que fît révasion de Lavalette sur la portion la moins éclairée du parti royaliste :
« L'emportement royaliste, à ce moment de la seconde ' Restauration, allait, pour ainsi dire, jusqu'à la folie. La jeune Joséphine de Lavalette faisait son éducation dans Tun des principaux couvents de Paris (l'Abbaye-au- Bois) ; elle ne l'avait quitté que pour venir embrasser son père. Lorsqu'elle y rentra après l'évasion et que Ton connut la part bien modeste qu'elle y avait prise, une immense clameur s'éleva contre cette enfant ; les religieuses et ses compagnes la fuyaient, et bon nombre de parents déclarèrent qu'ils retireraient leurs filles si on la gardait. Ils ne voulaient pas, disaient-ils, laisser leurs enfants en contact avec une jeune personne qui avait tenu une pareille conduite et donné un pareil exemple. Quand M™® de Lavalette, six semaines après, recouvra la liberté, elle fut obligée de reprendre sa fille. »
Princes et générations, — H y a une égale injustice à attribuer aux princes régnants les raéri-
les et les vices du peuple actuel qu'ils gouvernent.
Ces mérites et ces vices sont presque toujours, comme la statistique et la logique le pourraient démontrer, attribuables à l'atmosphère du gouvernement précédent.
Louis XIV hérite des hommes de Louis XIII, gloire. Napoléon I«^ hérite des hommes de la République, gloire. Louis-Philippe hérite des hommes de Charles X, gloire. Napoléon III hérite des hommes de Louis-Philippe, déshonneur.
C'est toujours le gouvernement précédent qui est responsable des mœurs du suivant, en tant qu'un gouvernement puisse être responsable de quoi que ce soit.
Les coupures brusques que les circonstances font dans les règnes ne permettent pas que cette loi soit absolument exacte, relativement au temps. On ne peut pas marquer exactement où finit une influence, mais cette influence subsistera dans toute la génération qui l'a subie dans sa jeunesse.
De la haine de la jeunesse contre les citateurs. Le citateur est pour eux un ennemi.
« Je mettrais l'orthographe même sous la main du bourreau. »