‹ Œuvres posthumesChapitre 7 sur 86 · A CELLE QUI EST TROP GAIE · texte numérisé non relu

A CELLE QUI EST TROP GAIE

Ta tête, ton geste, ton air

Sont beaux comme un beau paysage ;

Le rire joue en ton visage

Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles Est ébloui par la santé Qui jaillit comme une clarté De tes bras et de tes épaules.

(i) Var. de la i" éd. :

Dans an sommeil douteux comme la mort .

{2) Pièce écrite pour « ta Présidente ». V. ch. vin, Chartes BaU' delaire^ étude biographique d'Eugène Crépet, revue et mise à jour par Jacques Crépet, suivie des Baudelairiana d'Asseliueau, publies pour la première fois in-extenso et de nombreuses lettres adressées à Baudelaire (Librairie Vanier, A. Messein, succ.i Paris> mcmvii.)

Les reteûtissantes couleurs Dont tu parsèmes tes toilettes Jettent dans Tesprit des poètes L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont Temblème De ton esprit bariolé ; Folle dont je suis affolé, Jo te hais autant que je t'aime !

Quelquefois dans un beau jardin Oii je traînais mon atonie, J ai senti, comme une ironie, Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure Ont tant humilié mon cœur Que j'ai puni sur une fleur L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit, Quand l'heure des voluptés sonne, Vers les trésors de ta personne, Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse, Pour meurtrir ton sein pardonné.

Et faire à ton flanc étonné Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !

A travers ces lèvres nouvelles, Plus éclatantes et plus belles, Tin fuser mon venin, ma sœur I

Page 1