‹ Œuvres posthumes complètes le Koran Sterne inéditChapitre 164 sur 173 · PARTIE III · texte numérisé non relu

PARTIE III

couples, prétendait que tous les chevaux bretaudés étaient naturellement excellents. — Un barbier recommandait également les rasoirs à manche blanc pour une raison analogue.

La rousseur est le siijne , — si toutefois c'en est un, — de chaleur et de vivacité en amour, en religion, en ambition, au jeu, dans la vengeance, etc.,

— passions qui diffèrent également chez les hommes et les femmes de toute couleur de cheveux.

— J’ai toujours trouvé plus de vertu chez un homme chaleureux que chez un individu tiède. — On peut tempérer les passions chaudes, mais on ne peut jamais mettre en ébullition les froides.

170. — Dans la Passion de Michel-Ange, la Vierge est admirablement représentée au point de vue de son caractère particulier, — mais dans une attitude absurde si on la considère avec les idées généralement admises sur une situation pareille. — Elle est immobile, et regarde les souffrances de son Fils sans douleur, sans pitié, sans regret, sans larmes, — parce qu’elle sait que sa mort doit avoir une fin heureuse. — De quel œil différent un chrétien et

un musulman doivent contempler ce tableau !

Nunc itaque et versus et caetera ludicra pono;

Quod verum atque decens, euro et rogo, et omnis in hoc sum.

Horace, Êpttrei.

J’ai trouvé dernièrement les deux vers suivants, qui. pour le sens et même dans les mots, sont presque identiques à ceux qui précèdent :

Hic igitur versus et cætera lndicra pono ;

Qtiod venim atque bonuni est, inquiro, et totus in hoc sum.

L’auteur de ces derniers vers n’est pas cité dans le livre d'où je les ai extraits. — Ils servent d’épigraphe aux Idylles de Théocrite, traduites par Creech. Je n’ai donc pu m’assurer par la comparaison des dates quel était le plagiaire.

Quelle trouvaille pour les critiques ! Argumentons un peu a ce propos. Je suis d’avis que Creech a voulu citer Horace, et que. la mémoire lui faisant défaut, il a complété le vers de sou propre cru, — ce qui arrive fréquemment quand on cite de souvenir.

Voici mes raisons : — Creech avait traduit Horace, assez mal a la vérité, mais il a dû certainement lui emprunter ce passage, — et je ne puis supposer qu’il ait été chercher dans un autre auteur des vers plus mauvais pour rendre son idée.

Maintenant, le verum et le bonum du dernier distique sont, en stricte philosophie, deux expressions identiques. — Tandis qu’il existe une admirable distinction entre le verum et le decens du premier. Horace joint les manières à la moralité . et ajoute la distinction h la vertu.

Les vers anonymes précités peuvent être de Lu-

cièce; — je l’ai peu lu, — On assure qu’Horace lui avait emprunté non-seulement ses principes de philosophie épicurienne, mais encore différents passages de ses écrits. — Il est possible que celui-ci en soit un qu’il ait amélioré.

Creech avait traduit les deux auteurs, et on peut naturellement supposer qu’il s’est montré partial à l’égard de celui auquel il a dû son plusgrand succès.

172. — Obstiné comme un porc sons un vestibule . Homère aurait dû se servir de cette comparaison plutôt que de celle qu’il applique a Ajax ou a Diomède : — auquel des deux? Je ne veux pas prendre la peine d’y regarder, bien que l’ Iliade soit la sur ma table:

Madame Dacier défend la comparaison de Yâne, de telle manière qu’elle ne mérite pas une réponse sérieuse. — Elle eût mieux fait de s’entendre avec Horace, et de la classer sous la rubrique de

Aliquando bonus dormitat llomerus.

173. — L’Art poétique d’Aristote cstl’ouvrage de critique des anciens le plus estimé. Pourquoi surpasset-il Horace et Vida, qui, meilleurs poètes, eurent en outre l’avantage de l’étudier avant d’écrire?

C’est qu’ils l’ont copié, — et que lui copiait la nature. — Tous les préceptes, a dit le père Rapin, ne sont que la nature exposée méthodiquement , ou la ruison réduite en art.

174. — Les hauteurs ou les profondètu? de la philosophie consisteut à douter de nos sens, à nier notre propre existence, el a exiger des démonstrations impossibles de propositions évidentes.

175. — Le philosophe (je crois que c'était Doscartes) qui, après des réllexious profondes, a dit : Cogito, ergo sum, aurait tout aussi bien pu commencer par dire dubito, et en déduire d’un coup son ergo, — car ici douter, c'est être certain.

176. — Lisez, dans la préface de Don Quichotte, la description des pièees dramatiques appelées Mystères. — Cervantes ridiculise dans tout son roman les austérités et les momeries des prêtres, — mais il ne sait pas s’arrêter à propos. — La flagellation de Sancho pour désenchanter Dulcinée el les piqûres, et pinçures qu’il supporte pour ressusciter Altisidore, sont des allusions profanes.

Dans cette dernière aventure, lorsqu’un des exécuteurs lui pince le visage, il s’écrie : Vos doigts sentent le vinaigre (1). — « Et ils lui présentèrent une éponge trempée dans le vinaigre (2) . »

Dans le dernier volume (chap. xvn et xix), il porte une botte à l’Église, qui ne rachète ni n’absout gratis comme son divin Maître. La sainte Inquisition dormait-elle donc pendant ce temps-la?

(1) Don Quichotte, 2 e partie, chap. 00. [Note du Trad.)

(2) Saint Marc, Évangile, chap xv, vers. 35 [Note du Trad.)

Page 1