‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 11 sur 119 · L’ART D’AIMER · texte numérisé non relu

L’ART D’AIMER

Et force enfin sa bouche à lui demander grâce. Telle Vénus souvent, aux genoux d’ Adonis,

Vit des taches de rose empreintes sur ses lis;

Tel l’Amour, enchanté d’un si doux badinage,

I.ioin des yeux de sa mère, en un charmant rivage. Caressait sa Psyché dans leurs jeux enfantins.

Et de lacets dorés chargeait ses belles mains.

Fontenay! lieu qu’ Amour fit naître avec la rose. J’irai (sur cet espoir mon âme se repose).

J’irai te voir, et Flore et le Ciel qui te luit.

Là je contemple enfin (ma déesse m’y suit!)

Sur un lis que je cueille en tes rians asyles.

Ses appas, sa pudeur, et ses fuites agiles.

Et dans la rose en feu l’albâtre confondu.

Comme un ruisseau de lait sur la pourpre étendu.

(Offrons toutee qu’on doi t d’encens,d’honneurs suprêmes Aux Dieux, à la Beauté, plus divine qu’eux-mêmes. Puisse aux vallons d’Hémus , où les rocs et les bois Admirèrent d’Orphée et suivirent la voix,

L’Hèbre ne m’avoir pas en vain donné naissance ! Les Muses avec moi vont connaître Byzance ;

Et, si le Ciel se prête à mes efforts heureux,

De la Grèce oubliée enfant plus généreux ,

Sur ses rives, jadis si noblement fécondes.

Du Permesse égaré je ramène les ondes.

FRAGMENS. 3q

Pour la première fois de sa honte étonné ,

Le farouche turban, jaloux et consterné,

D’un sérail oppresseur, noir séjour des alarmes. Entendra nos accens et l’amour et vos charmes.

C’est là , non loin des flots dont l’amère rigueur Osa ravir Sestos au nocturne nageur ',

Qu’en des jardins chéris des eaux et du zéphyre. Pour vous, rayonnant d’or, de jaspe, de porphyre, Un temple par mes mains doit s’élever un jour.

Sous vos lois j’y rassemble une superbe cour.

Où de tous les climats brillent toutes les belles.

Elles régnent sur tout, et vous régnez sur elles.

Là des filles d’indus l’essaim noble et pompeux;

Les vierges deTamise,au cœur tendre, aux yeux bleus; Du Tibre et d’Eridan les flatteuses sirènes.

Et du blond Eurotas les touchantes Hélènes;

Et celles de Colchos, jeune et riche trésor.

Plus beau que la toison étincelante d’or ;

Et celles qui, du Rhin l’ornement et la gloire, Voutdans ces froids torrens baigner leurs pieds d’ivoire. Toutes enfin : ces bords seront tout l’Univers.

I . Sestos , ancienne ville de la Chersonèse de Thrace, aujourd’hui Ak-Bachi-Lisnan , c’est-à-dire, port de la Tcte blanche, sur le détroit des Dardanelles du côté de l’Europe et en face d’Abydos. Elle l'si célèbre par les amours d’IIéro et de Léandre. ( Note de l’Edit.)

/,o L’ART D’AIMER.

L’Amour croît par l’exemple, et vit d’illusions. Relies, étudiez ces tendres fictions Que les poètes saints, en leurs douces ivresses. Inventent dans la joie aux bras de leurs maîtresses : De tout aimable objet Jupiter enflammé;

Et le dieu des combats par 'Vénus désarmé.

Quand, la tête en son sein mollement étendue.

Aux lèvres de "Vénus son âme est suspendue.

Et dans ses yeux divins, oubliant les hasards. Nourrit d’un long amour ses avides regards;

Quels appas trop chéris mirent Pergame en cendre ; Quelles trois déités un berger vit descendre ,

Qui, pour briguer la pomme, abandonnant les Cieux, De leurs charmes rivaux enivrèrent ses yeux ;

Et le sang d’ Adonis, et la blanche Hyacinthe,

Dont la feuille respire une amoureuse plainte;

Et la triste Syrinx , aux mobiles roseaux ;

Et Daphné, de lauriers peuplant le bord des eaux; Herminie , aux forêts révélant ses blessures ;

Les grottes de Médor, confidentes parjures;

Et les ruses d’Armide, et l’amoureux repos Où, sur des lits de fleurs, languissent les héros;

Et le myrte vivant aux bocages d’Alcine.

Les Grâces dont les soins ont élevé Racine Aiment à répéter ses écrits enchanteurs,

Tendres comme kurs yeux, doux comme leurs faveurs. Belles, ces chants divins sont nés pour votre bouche! La lyre de Le Brun , qui vous plaît et vous touche ,

FRAGMENS

Tantôt de l’élégie exhale les soupirs ,

Tantôt au lit d’amour éveille les plaisirs.

Suivez de sa Psyché ‘ la gloire et les alarmes : Elle-même voulut qu’il célébrât ses charmes , Qu’Amourvîntpourl’entendre; et dans ces chants heureux Il la trouva plus belle et redoubla ses feux.

Mon berceau n’a point vu luire un même génie !

Ma Lycoris pourtant ne sera point bannie.

Comme euxaux traits d’amour j’abandonnai mon cœur; Et mon vers a peut-être aussi quelque douceur.

I. Ce poème posthume n’a point élé terminé; divers fragmens en ont été publiés dans l’édition des oeuvres de Le Brun qu’a donnée le savant Ginguené. {Note de l'Éditeur.)

ÉPITRES

A LE BRUN

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