I. Voyez son ode ad Albium Tibullum , ode xxxiii , lib
Aibi , ue doleas plus nimîo » inemor «
Iroruitù Glyerræ , eti'.
( iVo/e de l’Editeur.)
ÉPITRES. /|5
Elle essuya les yeux que fit pleurer Cinthie’.
Virgile n’a-t-il pas, d’un vers doux et flatteur,
De Gallus expirant consolé le malheur ’ ?
Voilà l’exemple saint que mon cœur leur demande. Ovide, ah! qu’à mes yeux ton infortune est grande. Non pour n’avoir pu faire aux tyrans irrités Agréer de tes vers les lâches faussetés!
Je plains ton abandon , ta douleur solitaire.
Pas un cœur qui , du tien zélé dépositaire ,
Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi.
Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi ^1
1. Lesbic était l’amante de Catulle, et Cinthie celle de Properce. Le premier de ces poètes cultivait beaucoup l'amitié de Cicéron et de Plancus ; le second fut intimement lié avec Ovide etTibulle.
2. Dans sa dixième églogue intitulée Gallus , et principalement vers la fin de son quatrième livre des Géorgiqnes.
« Fuit in primis Pubilo Virgilio amicus Gallus, adeo ut quarlus • Georgicorum liber, à medio usque ad finem , ejus laudes conti- «neret; quas postcà , jubente Augusto, in Aristæi fabulam com- ■ mutavit.» {Cnœi Cornelii Galli Vitaex Petro Crinito desumptn.) {Note de r Éditeur^
3 . Rien de si touchant que la plupart de ses Tristes, et surtout que la sixième élégie du livre III, « in quâ accusât a amicum quod ab eo litteras non acceperit. > Il est impossible déliré, sans éprouver une vive émotion, les vers de eette élégie , où, après avoir adressé à son ami les plus tendres reproches , il termine en lui disant :
Di faciant ut ait temeraria nostra querela ,
Trque pntem faiso non meminiase mei!
( Note de f Éditeur. )
EPITRES
Ce n’est pas nous, amis, qu’un tel foudre menace. Que des Dieux et des rois l’éclatante disgrâce Nous frappe ; leur tonnerre aura trompé leurs mains; Nous resterons unis en dépit des Destins.
Qu’ils excitent sur nous la Fortune cruelle;
Qu’elle arme tous ses traits : nous sommes trois contre elle. Nos cœurs peuvent l’attendre, et dans tous ses combats, L’un sur l’autre appuyés , ne chancelleront pas.
Oui, mes amis, voilà le bonheur, la sagesse.
Que nous importe alors si le dieu du Permesse Dédaigne de nous voir, entre ses favoris.
Charmer de l’Hélicon les bocages fleuris?
Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple.
Où la félicité les reçut dans son temple.
Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau.
De leur double laurier su ravir le plus beau.
Maisnous pouvons, commeeux,lescueillir l’un etl’autre.
Ils reçurent du ciel un cœur tel que le nôtre:
Ce cœur fut leur génie, il fut leur Apollon,
Et leur docte fontaine , et leur sacré vallon.
Castor charme les Dieux, et son frère l’inspire;
Ijoin dePatrocle, Achille aurait brisé sa lyre;
C’est près de Pollion, dans les bras de Varus,
Que Virgile envia le destin de Nisus.
Que dis-je? Ils t’ont transmis ce feu qui les domine. N’ai-je pas vu ta Muse au tombeau de Racine ‘,
I. Fils de l’auteur du poème de la Religion, et petit -fds du
ÉPITRES. 4
Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs Que jadis Simonide anima de ses pleurs?
Et toi, dont le génie, amant de la retraite.
Et des leçons d’Ascra ‘ studieux interprète , Accompagnant l’Année en ses douze palais.
Etale sa richesse et ses vastes bienfaits ,
Brazals, que de tes chants mon âme est pénétrée. Quand ils vont couronner cette vierge* adorée, Dont par la main du tems l’empire est respecté,
Et de qui la vieillesse augmente la beauté!
L’homme insensible et froid en vain s’attache à peindre
grand Racine. Il mourut à Cadix, lors du désastre qui détruisit Lisbonne, et qui ébranla toute la côte de Portugal et d’Espagne.
( Noie de l’jëuteur. )
Voyez l’ode que Le Brun a faite à l’occasion de la mort de son ami. Ode xviii, lib. III. ( Note de l’Éditeur. )
1 . Ascils. Nom d’une petite ville de la Béotie, et surnom donné à Hésiode par un grand nombre d’auteurs, parce que ce poète célèbre y fut nourri et élevé. Il parait que M. le marquis de Brazais, qui cultivait avec amour les lettres et surtout la poésie, s’occupait de traduire le poème d’Hésiode intitulé : Les ouvrages et les jours. Cette traduction n’a pas été publiée.
On sait que ce poème d’Hésiode a servi de modèle à Virgile pour composer ses Géorgiques :
Ascræumquc cano roniiina per oppida carmeu.
ViAGiL. , Georg. III.
( Note de l’Éditeur. )
2. La Vierge, signe du zodiaque dans lequel le soleil entre au mois d’août. Les mythologues l’ont appelée tour à tour Astrée et Érigone. ( Note de V Éditeur. )
48 4 ÉPITRES
Ces sentimens du cœur que l’esprit ne peut feindre: De ses tableaux, fardés les frivoles appas N’iront jamais au cœur dont ils ne viennent pas.
Eh! comment me tracer une image fidèle Des traits dont votre main ignore le modèle?
Mais celui qui , dans soi descendant en secret ,
Le contemple vivant , ce modèle parfait :
C’est lui qui nous enflamme au feu qui le dévore; Lui, qui fait adorer la vertu qu’il adore;
Lui , qui trace en un vers des Muses agréé Un sentiment profond que son cœur a créé.
Aimer, sentir : c’est là cette ivresse vantée Qu’aux célestes foyers déroba Prométhée.
Calliope jamais daigna-t-elle enflammer Un cœur inaccessible à la douceur d’aimer?
Non : l’amour, l’amitié, la sublime harmonie.
Tous ces dons précieux n’ont qu’un même génie. Même souffle anima le poète charmant.
L’ami religieux, et le parfait amant.
Ce sont toutes vertus d’une âme grande et fière. Bavius et Zoïle, et Gacon, et Linière,
Aux concerts d’Apollon ne furent point admis. Vécurent sans maîtresse, et n’eurent point d’amis.
Et ceux qui , par leurs mœurs dignes de plus d’estime , Ne sont point nés pourtant sous cet astre sublime; Voyez-les, dans des vers divins, délicieux.
Vous habiller l’amour d’un clinquant précieux;
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EPITRES
Badinage insipide où leur ennui se joue,
Et qu’autant que l’amour le bon sens désavoue. Voyez si d’une belle un jeune amant épris A tressailli jamais en lisant leurs écrits;
Si leurs lyres jamais, froides comme leurs âmes.
De la sainte amitié respirèrent les flammes.
O peuples de héros, exemples des mortels!
C’est chez vous que l’encens fuma sur ses autels; C’est aux tems glorieux des triomphes d’Athène , Aux tems sanctifiés par la vertu romaine.
Quand l’âme de Lélie animait Scipion,
Quand Nicoclès mourait au sein de Phocion ' ;
C’est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie ,
Où les vertus étaient les lois de la patrie.
O demi-dieux amis! Atticus, Cicéron,
Caton, Brutus, Pompée, et Sulpice, et Varron!
Ces héros dans le sein de leur ville perdue S’assemblaient pour pleurer la liberté vaincue:
Unis par la vertu, la gloire, le malheur.
Les arts et l’amitié consolaient leur douleur.
Sans l’amitié , quel antre ou quel sable infertile '
I. Phocion venait d’être condamné à mort. Nicoclès, son plus intime ami, lui demanda en grâce qu’il lui permit de boire du poison avant lui. • Ab! Nicoclès, lui répondit Phocion, tu me fais là une demande bien pénible pour mon cœur; mais, puisque je nç t’ai jamais rien refusé pendant ma vie, je t’accorde encore ce dernier plaisir avant ma mort. » Voyez Plutarque, Vie de Phocion. (Note lie l’Éditeur.) ■ *
OEurrfi posthume. 4
EPITRES
If’eût été pour te sage un désirable asile ,
Quand du Tibre avili le sceptre ensanglanté Armait la main du vice et la férocité;
Quand d’un vrai citoyen l’éclat et le courage Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage;
Quand l’exil, la prison, le vol, l’assassinat.
Etaient pour l’apaiser l’offrande du sénat?
Tliraséa, Sorauus, Sénécion, Rustique,
Vous tous, dignes enfans de la patrie antique.
Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux.
Braver du scélérat les indignes faisceaux.
Du lâche délateur l’impudente richesse.
Et du vil affranchi l’orgueilleuse bassesse.
Je vous vois , au milieu des crimes , des noirceurs ,
Garder une patrie et des lois et des mœurs;
Traverser d’un pied sûr, sans tache, sans souillure, lies flots contagieux de cette mer impure;
Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux,
Sur ce monde profane un monde vertueux.
Oh ! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives," Amitié! de leur gloire ennoblis nos archives.
Viens, viens : que nos climats, par ton souffle épurés, Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés:
Hends-nous hommes comme eux. Fais sur la F rance heu ren se Descendre des vertus la troupe radieuse :
De ces Allés, du ciel qui naissent dans ton sein, .
Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.
ÉPITRES. 5i
Ranime les beaux-arts, éveille leur génie;
Chasse tle leur empire et la haine et l’envie :
Loin de toi, dans l’opprobre ils meurent avilis.
Pour conserver leur trône ils doivent être unis.
Alors de l’univers ils foixient les hommages;
Tout, jusqu’4 Plu^us même, encepse leurs images;
Tout devient juste alors; et le peuple et les grands.
Quand l’homme est respectable, honorent les talens.
Ainsi l’on vit les Grecs prôner d’un même zèle gl oire d’Alexandre et la gloire tl’Apelle;
La main de Phidias créa des inint»rtels; '• ! . ' ''
Et Smyrnè à son Homère éleva de.s autds.' ■■■< Nous, amis ,' 'cependant , de'quHa noWc audace '
Veuf atteindre aux lauriers de l’antique Parnasse ',
Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis: Soyons cités comme eux cntœ’les vrais amis. ‘ f Qu’ap-delà du trépas notre âme mutuelle Vive et respire eneor sur la lyre immortelle ; *
Que nos noms soient sacrés ; que nos chants glorieux Soient pour tous les amis un code précieux. v
Qu’ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensé4es ; Qtt’iis raniment encor nos muses éclipsées;
Et qu’en nous imitant ils s’attendent un jour ' ■ •
D’être r)ic;2 leurs neyeux imités à leur four.
ÉPITRES
ÉPITRE
A M. CHÉNIER L’AlNÉ,