Voyez la Notice au sujet du marquis de Brazais
2. André Chénier était alors en garnison à Strasbourg, sous-lieutenant dans le régiment d’Augoumois. Il touchait à sa vingtième année. {Note de l’Editeur.)
ÉPITRES. 43
Malheur au jeune enfant, seul , sans ami, sans guide, Qui, près de la beauté, rougit et s’intimide;
Et, d’un pouvoir nouveau lentement dominé,
Par l’appât du plaisir doucement entraîné.
Crédule, et sur la foi d’un sourire volage,
A cette mer trompeuse et se livre et s’engage ! Combien de fois , tremblant et les larmes aux. yeux , Ses cris accuseront l’inconstance des Dieux ! Combien il frémira d’entendre sur sa tête Gronder les aquilons et la noire tempête;
Et d’écueil en écueil portera ses douleurs.
Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs !
Mais heureux dont le zèle, au milieu du naufrage, Viendra le recueillir, le pousser au rivage; Endormir dans ses flancs le poison ennemi ; Réchauffer dans son sein le sein de son ami;
Et de son fol amour étouffer la semence.
Ou du moins dans son cœur ranimer l’espérance! Qu’il est beau de savoir, digne d’un tel lien.
Au repos d’un ami sacrifier le sien ;
Plaindre de s’immoler l’occasion ravie ;
Etre heureux de sa joie et vivre de sa vie!
Si le Ciel a daigné d’un regard amoureux Accueillir ma prière et sourire à mes vœux ,
Je ne demande point que mes sillons avides Boivent l’or du Pactole et ses trésors liquides ;
Ni que le diamant, sur la pourpre enchaîné,
EPlïRES.
Pare mon cœur esclave an Louvre prostenié;
Ni même, vœu plus doux! que la main d’Uranic Embellisse mon front des palmes du génie;
Mais que beaucoup d’amis, accueillis dans mes bras, Se partagent ma vie et pleurent mon trépas ;
Que ces doctes héros dont la main de la gloire \ consacré les noms au temple de Mémoire,
Plutôt que leurs talens, inspirent à mon cœur Les aimables vertus qui firent leur bonheur;
Et que de l’amitié ces antiques modèles Reconnaissent mes pas sur leurs traces fidèles.
Si le feu qui respire en leurs divins écrits D’une vive étincelle échauffa nos esprits;
Si leur gloire eh nos cœurs souffle uue noble envie; Oh! suivons donc aussi l’exemple de leur vie: Gardons d’en négliger la plus belle moitié;
Soyons heureux comme eux au sein de l’amitié. Horace, loin des flots que tourmente Cythère,
Y retrouvait d’un port l’asile salutaire;
Lui-même au doux Tibulle, à ses tristes amours ' , Prêta de l’amitié les utiles secours.
L’amitié rendit vains tous les traits de Lesbie;