‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 13 sur 119 · Voyez la Notice au sujet du marquis de Brazais · texte numérisé non relu

Voyez la Notice au sujet du marquis de Brazais

2. André Chénier était alors en garnison à Strasbourg, sous-lieutenant dans le régiment d’Augoumois. Il touchait à sa vingtième année. {Note de l’Editeur.)

ÉPITRES. 43

Malheur au jeune enfant, seul , sans ami, sans guide, Qui, près de la beauté, rougit et s’intimide;

Et, d’un pouvoir nouveau lentement dominé,

Par l’appât du plaisir doucement entraîné.

Crédule, et sur la foi d’un sourire volage,

A cette mer trompeuse et se livre et s’engage ! Combien de fois , tremblant et les larmes aux. yeux , Ses cris accuseront l’inconstance des Dieux ! Combien il frémira d’entendre sur sa tête Gronder les aquilons et la noire tempête;

Et d’écueil en écueil portera ses douleurs.

Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs !

Mais heureux dont le zèle, au milieu du naufrage, Viendra le recueillir, le pousser au rivage; Endormir dans ses flancs le poison ennemi ; Réchauffer dans son sein le sein de son ami;

Et de son fol amour étouffer la semence.

Ou du moins dans son cœur ranimer l’espérance! Qu’il est beau de savoir, digne d’un tel lien.

Au repos d’un ami sacrifier le sien ;

Plaindre de s’immoler l’occasion ravie ;

Etre heureux de sa joie et vivre de sa vie!

Si le Ciel a daigné d’un regard amoureux Accueillir ma prière et sourire à mes vœux ,

Je ne demande point que mes sillons avides Boivent l’or du Pactole et ses trésors liquides ;

Ni que le diamant, sur la pourpre enchaîné,

EPlïRES.

Pare mon cœur esclave an Louvre prostenié;

Ni même, vœu plus doux! que la main d’Uranic Embellisse mon front des palmes du génie;

Mais que beaucoup d’amis, accueillis dans mes bras, Se partagent ma vie et pleurent mon trépas ;

Que ces doctes héros dont la main de la gloire \ consacré les noms au temple de Mémoire,

Plutôt que leurs talens, inspirent à mon cœur Les aimables vertus qui firent leur bonheur;

Et que de l’amitié ces antiques modèles Reconnaissent mes pas sur leurs traces fidèles.

Si le feu qui respire en leurs divins écrits D’une vive étincelle échauffa nos esprits;

Si leur gloire eh nos cœurs souffle uue noble envie; Oh! suivons donc aussi l’exemple de leur vie: Gardons d’en négliger la plus belle moitié;

Soyons heureux comme eux au sein de l’amitié. Horace, loin des flots que tourmente Cythère,

Y retrouvait d’un port l’asile salutaire;

Lui-même au doux Tibulle, à ses tristes amours ' , Prêta de l’amitié les utiles secours.

L’amitié rendit vains tous les traits de Lesbie;

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