‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 16 sur 119 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Laisse gronder le Rhin et ses Oots destructeurs. Muse; va de Le Brun gourmander les lenteurs.

Vole aux bords fortunés où les champs d’Elysée De la ville des lis ont couronné l’entrée;

Aux lieux où sur l’airain Louis ressuscité, Contemple de Henri le séjour respecté.

Et des jardins royaux l’enceinte spacieuse.

Abandonne la rive où la Seine amoureuse,

Lente, et, comme à regret quittant ces bords chéris. Du vieux palais des rois baigne les murs flétris*,

Et des fils de Condé les superbes portiques*.

I. Le Brun occupait à cette époque un logement très-mëdiocre et même très-incommode au Louvre , où le gouvernement avait suivi l’ancien usage de loger gratuitement des gens de lettres et des artistes. Plus tard on lui en accorda un plus convenable qu’il conserva jusqu’à sa mort. Cest à l’occasion de ce dernier logement qu’il composa l’ode II du livre IV de ses poésies , intitulée : Jlfer souvenirs ou les Deux rives de la Seine. (Note de l’Éditeur.)

3. L’hôtel de Conti où naquit Le Brun. Ce bâtiment est devenu depuis l’hôtel de la Monnaie. {Note de l’Éditeur.)

ÉPIÏRES.

Suis ces fameux remparts et ces berceaux antiques Où, tant qu’un beau soleil éclaire de beaux jours, Mille chars élégans promènent les amours.

Un Paris tout nouveau sur les plaines voisines S’étend, et porte au loin, jusqu’au pied des collines, Un long et riche amas de temples, de palais, D’ombrages où l’été ne pénètre jamais :

C’est là son Hélicon*. Là, ta course fidèle Le trouvera peut-être aux genoux d’une belle :

S’il est ainsi , respecte un moment précieux ;

Sinon , tu peux entrer : tu verras dans ses yeux ,

Dès qu’il aura connu que c’est moi qui t’envoie. Sourire l’indulgence et peut-être la joie.

Souhaite-lui d’abord la paix , la liberté ,

Les plaisirs, l’abondance, et surtout la santé ;

Puis apprends si, toujours ami de la Nature,

Il s’en tient comme nous aux bosquets d’Epicure; S’il a de ses amis gardé le souvenir;

Quelle Muse à présent occupe son loisir;

Si Tibulle et Vénus le couronnent de rose;

Ou si, dans les déserts que le Permesse arrose.

Du vulgaire troupeau prompt à se séparer.

Aux sources de Pindare ardent à s’enivrer.

I. Le Brun aimait Versailles et ses promenades; mais il fréquentait plus souvent Moulin-Joly , propriété charmante que possédait alors cette madame Le Brun , si justement célèbre comme artiste et comme femme d’esprit. ( Note de l’Éditeur. )

CKuvrea posthumes. 3

ÉPITRES

Sa lyre fait entendre aux nymphes de la Seine IjCs sons audacieux de la lyre thébaine;

Et dis-lui qu’à m’écrire il est lent à mon gré ;

Que , de mon cher Brazais pour un tems séparé , l^s ruisseaux et les bois, et Vénus, et l’étude. Adoucissent un peu ma triste solitude.

Oui ! les Cieux avec joie ont embelli ces champs ; Mais, Le Brun, dans i’eflroi que respirent les camps. Où les foudres guerriers étonnent mon oreille ,

Où loin avant Phoebus Bellone me réveille ,

Puis-je adorer encore et Vertumne et Palès?

Il faut un cœur paisible à ces Dieux de la paix

I . Celte Épitre parait avoir ^të composëe immédiatement après la précédente, car l’auteur n’est resté que six mois au service.

( Note de l’Éditeur, )

IDYLLES

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