‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 26 sur 119 · LYDÉ · texte numérisé non relu

LYDÉ

Mon visage est flétri des regards du soleil;

Mon pied blaoc sous la ronce est devenu vermeil ; J’ai suivi tout le jour le fond de la vallée.

Des bélemens lointains 'partout m’ont appelée ;

J’ai couru ; tu fuyais sans doute loin de moi :

C’était d’autres pasteurs. Où te chercher, ô toi Le plus beau des humains ? Dis-moi , fais-moi connaître Où sont donc tes troupeaux , où tu les mènes paître.

O jeune ‘Adolescent! tu rougis devant moi.

Vois mes traits sans couleur : ils pâlissent pour toi. C’est ton front virginal, ta grâce, ta décence.

Viens: il est d’autres jeux que les jeux de l’enfance. O jeune Adolescent, viens savoir que mon cœur N’a pu de ton visage oublier la douceur.

Bel enfant, sur ton front la Volupté réside;

Ton regard est celui d’une vierge timide.

Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour. Semble encore ignorer qu’on soupire d’amour : Viens le savoir de moi;viens, je veux te l’apprendre;

IDYLLES

Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre, Afin que mes leçons, moins timides que toi,

Te fassent soupirer et languir comme moi ;

Et qu’enfin rassuré cette joue enfantine Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.

Oh! je voudrais qu’ici tu vinsses un matin Reposer mollement ta tête sur mon sein !

Je te verrais dormir, retenant mon haleine ,

De peur de t’éveiller ne respirant qu’à peine. - Mon écharpe de lin, que je ferais flotter.

Loin de ton beau visage aurait soin d’écarter Les insectes volans et la jalouse abeille.

IDYLLES

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