‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 4 sur 119 · XII SUR LA VIE ET LES OUVRAGES · texte numérisé non relu

XII SUR LA VIE ET LES OUVRAGES

à rappeler dans ses ouvrages le souvenir de leur mutuel appui.

A Versailles, son frère le protégea de son crédit; il choisit lui-même la maison qui lui servit d’asile; et là, dans ces murs devenus une solitude, abandonné à des jours de tristesse et de paix, notre poète eût été conservé à la France, sans le plus déplorable et le plus inattendu des évènement.

André apprit qu’un de ses amis, M. de Pastoret, venait d’être arrêté à Passy. Il y vole; il veut offrir à sa famille quelques paroles de consolation. Des commissaires, chargés d’une visite de papiers, jugèrent suspectes les personnes trouvées dans ce domicile, et les conduisirent toutes en prison. On rechercha l’origine de ce qu’on supposait un acte de quelque comité; on voulut connaître de quel pouvoir il pouvait émaner, afin de le fléchir: ces démarches furent inutiles. Quelqu’un offrit nue somme considérable pour cautionner la liberté du prisonnier; nulle autorité n’osa la lui rendre; et il était arrêté sans ordre!

Cependant les ennemis de la faction anarchique étaient tous recherchés; et les arrêts du tribunal révolutionnaire couvraient Paris de deuil. L’unique sauve-garde des prisonniers était l’oubli où ils tombaient à la faveur de leur nombre. Ceux qui sont sortis à cette époque de la terrible épreuve des cachots se souviennent que c’est à ce moyen de salut que tendait la sollicitude de leurs amis. Il fallait se faire oublier ou périr. Marie-Jo-

D’ANDRÉ CHÉNIER. xiii

seph, alors insulté à la tribime, devenu l’objet de la baine particulière de Roberspierre, qui redoutait ses principes et enviait ses talens, n’aurait eu que le crédit de faire bâter un supplice; il s’abstenait même de paraître à la Convention. Il pouvait mourir avec sou frère , non le sauver. Il est de nos censeurs qui se sentent, aujourd’hui, un héroïsme supérieur à cette âme qui fit parler les Calas et les Gracchus : qu’ils viennent jeter à sa statue la première pierre.

Heureux, si, du moins, l’on eût suivi ses conseils ; si l’on se fût renfermé , pour André , dans cette prudence qui conserva les jours de M. Sauveur Chénier, détenu en même tems à la Conciergerie !

Nous n’expliquons point ces détails pour réfuter la basse calomnie qui essaya de rendre Marie- Joseph responsable du sort de son frère. Cette justification serait une injure à sa mémoire. Les plus violens adversaires de ses principes , les plus injustes détracteurs de son talent, n’ont jamais trempé dans ces vils soupçons , quand ils ont mérité l’honneur de le combattre. Certes, on ne connaît point de raison d’aimer Chénier, à M. de Châteaubriand , son successeur à l’Académie. Il 'a peut-être, dans son discours de réception; laissé revivre tropderessentimeus contre lui; mais, dans ce discours, il ajoute ; « Chénier a su, comme moi , « ce que c’est que de perdre un frère tendrement « aimé : il serait sensible à l’hommage que je

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