XIV SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
» rends à ce frère, car il était naturellement gé- « néreux. » On sait que les amis de l’un furent ceux de l’autre jusqu’à la mort. Et sa mère, dit le respectable M. Daunou ' , en parlant de la victime si malheureusement immolée, sa mère, qui l’a pleuré quatorze ans, demeura, tant qu’elle vécut, avec Marie-Joseph. C’était lui qui la consolait*.
Mais le père des deux poètes fatiguait de plaintes inutiles les hommes puissans de cette sanguinaire époque. Imprudent vieillard ! il parvint à s’en faire entendre. « Quoi ! lui dit un de ces agens « de terreur, que je ne nommerai point parce « qu’il vit encore, est-ce parce qu’il porte le nom « de Chénier, parce qu’il est le frère d’un repré- « sentant, que depuis six mois on ne lui a pas « encore fait son procès? Allez, Monsieur, votre « fils sortira dans trois jours. »
Hélas! et en effet. Et, quand le malheureux père allait parler aux amis de son fils de scs espé-
I. f'o/ez la note placée en tête du tome I des Œuvres posthumes de Marie-Joseph Chénier. {^Note de V Éditeur,'^
a. Lisez encore, pour plus amples et plus touchaus détails, la Lettre historique de M. Arnault sur Marie-Joseph Chénier, et , immédiatement après , le Discours funèbre que ce même écrivain, éloquent et vertueux, fut chargé par l’Institut de prononcer sur la tombe de son illustre collègue. Ces deux morceaux sont imprimés en tête du tome I des Œuvres anciennes de Marie-Joseph Chénier. {^Note de l' Éditeur.)
D’ANDRÉ CHÉNIER
rances et de sa joie, on lui répondait: puissiezvous ne jamais accuser votre tendresse!
André Chénier retoucha , dans sa prison , des ouvrages que son frère aurait publiés sans doute, si le travail qu’il commença à ce sujet ne fût demeuré imparfait, à cause de la dispersion des manuscrits en plusieurs mains et en plusieurs lieux.
Oserai-je exprimer l’impression que je ressentis, lorsque ces ouvrages, enfin rassemblés, tracés tous de sa propre main , me furent confiés après vingt-trois ans d’oubli? Chargé de ce précieux dépôt, avec quel recueillement je contemplais les traces fragiles d’une pensée peut-être immortelle! Je relus ces chants avec quelque chose de l’émotion que donnent l’écrit d’une main chérie et les affections les plus proches de notre cœur. Que d’affligeantes idées me rappelaient quelques-uns de ces caractères furtivement tracés; ces lignes, pressées sur d’étroits feuillets, choisis pour être soustraits à l’inquisition d’un geôlier! Le tems commençait de les attaquer; et je les déployais avec un soin presque égal à celui que j’avais vu naguère employer à Naples à dérouler les manuscrits d’Épicure ou d’Anacréon. Une révolution de la Nature avait presque anéanti ces beaux modèles; et nos discordes, plus terribles encore, avaient long -tems menacé un de leurs glorieux disciples.
Toutefois, le jeune poète ne fut jamais satis-