‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 44 sur 119 · ÉLÉGIE IV · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE IV

Ah! je les reconnais, et mon coiur se réveille.

( ) sons! ô douces voix chères à mon oreille!

O mes Muses! c’est vous, vous, mon premier amour; Vous, qui m’avez aimé dès que j’ai vu le jour! I.eurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance. Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance ; Où j’entendais le bois murmurer et frémir.

Où leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir. Ingrat! ô de l’Amour trop coupable folie!

Souvent je les outrage, et fuis, et les oublie; lût, sitôt que mon cœur est en proie au chagrin.

Je les vois revenir, le front doux et serein!

J’étais seul, je mourais; seul, Lycoris absente De soupçons inquiets m’agite et me tourmente;

Je vois tous ses appas, et je vois mes dangers;

Ab! je la vois livrée à des bras étrangers:

Elles viennent! leurs voix, leur aspect me rassure; T^eur chant mélodieux assoupit ma blessure;

Je me fuis, je m’oublie; et mes esprits distraits Se plaisent à les suivre, et retrouvent la paix.

Par vous. Muses, par vous, franchissant les collines, .Soit que j’aime l’aspect des campagnes Sabines ,

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Soit Catile ' ou Falerne, et leurs riches coteaux, Ou l’air de Blandusie et l’azur de ses eaux !

Par vous, de l’Anio j’admire le rivage;

Par vous, de Tivoli le poétique ombrage.

Et de Bacchus, assis sous des antres profonds,

I^a Nymphe et le Satyre écoutant les chansons.

Par vous, la Rêverie errante, vagabonde.

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