Livre à vos favoris la Nature et le Monde
Par vous , mon âme , au gré de ses illusions ,
Vole et franchit les teins, les mers, les nations;
Va vivre en d’autres corps, s’égare, se promène. Est tout ce qu’il lui plait: car tout est son domaine.
Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin Je vais changer en miel les délices du thym.
Rose, un sein palpitant est ma tombe divine;
Frêle atome d’oiseau, de leur molle étamine Je vais sous d’autres cieux dépouiller d’autres fleurs.
papillon plus grand offre moins de couleurs;
Et rOrénoque impur, la Floride fertile,
Admirent qu’un oiseau si tendre, si débile.
I. Catile ou Tibur, aujourd'hui Tivoli, l’une des plus jolies villes situées aux environs de Rome. La fable rapporte que Catile, fils d’Amphiaraüs , roi d’Argos, étant venu en Italie avec son frère ainé, Tiburtus, bâtit la ville de Tibur en l’honneur de ce dei-nier, qu’il avait eu le malheur de perdre.
Et Tibur, Catille, tiinm !
(SU. liai.)
( Noie de l’Éditeur. )
ELEGIES
Mêle tant d’or, de pourpre, en ses riches habits;
Et pensent dans les airs voir nager des rubis.
Sur un fleuve souvent l’éclat de mon plumage Fait à quelque Léda souhaiter mon hommage ; Souvent, fleuve moi-même, en mes humides bras Je presse mollement des membres délicats.
Mille fraîches beautés que partout j’environne ;
Je les tiens, les soulève, et murmure et bouillonne. Mais surtout, Lycoris, Protée insidieux.
Partout autour de toi je veille, j’ai des yeux. Partout, Sylphe ou Zéphire , invisible et rapide.
Je te vois. Si ton cœur, complaisant et perfide. Livre à d’autres baisers une infidèle main ,
Je suis là. C’est moi seul qui, d’un transport soudain,*^ Agitant tes rideaux ou ta porte secrète.
Par un bruit imprévu t’épouvante et t’arrête.
C’est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton cœur Mon nom, et tes sermens, et ma juste fureur.
Mais périsse l’amant que satisfait la crainte!
Périsse la beauté qui m’aime par contrainte.
Qui voit dans ses sermens une pénible loi,
£t n’a point de plaisir à me garder sa foi!
OEoTrai poithame».
ELEGIES
ÉLÉGIE V
Jeune fille, ton cœur avec nous veut se taire;
Tu fuis, tu ne ris plus; rien ne saurait te plaire :
La soie à tes travaux offre en vain des couleurs; L’aiguille sous tes doigts n’anime plus des fleurs.
Tu n’aimes qu’.à rêver, muette, seule, errante;
Et la rose pâlit sur ta bouche mourante :
Ah! mon œil est savant et depuis plus d’un jour;
Et ce n’est pas à moi qu’on peut cacher l’amour.
Les belles font aimer : elles aiment. Les belles Nous charment tous. Heureux qui peut être aimé d’elles! Sois tendre, même faible : on doit l’être un moment; Fidèle si tu peux. IMais conte-moi comment.
Quel jeune homme aux yeux bleus, empressé, sans audace, Auxclievetix noirs, au front plein decharmeet de grâce?.. Tu rougis? on dirait que je t’ai dit son nom.
Je le connais pourtant : autour de ta maison C’est lui qui va, qui vient; et, laissant ton ouvrage, Tu cours, sans te montrer, épier son pas.sage.
Il fuit vite; et ton œil, sur sa trace accouru,
Le suit encor long-temps quand il a disparu.
ÉLÉGIES. 147
Nul en ce bois voisin, où trois fêtes brillantes Font voler au printems nos Nymphes triomphantes, Nul n’a sa noble aisance, et son habile main A soumettre un coursier aux volontés du frein.
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ÉLÉGIES