Hoc erat io votis : modos agri non ita magnns
Hortns nbi , et tecto vicinns jngis aqoæ fons ,
Et panlùm silvæ snper his foret , etc.
(Hi>ral. Sal. VI. lU). II.)
{Note de l'Éditeur. y
ÉLÉGIES. 173
Vivre comme jadis aux champs de Babylone Ont vécu , nous dit-on , ces pères des humains Dont le nom au)c autels remplit nos fastes saints; Avoir amis, enfans, épouse belle et sage;
Errer, un livre en main, de bocage en bocage; Savourer sans remords , sans crainte , sans désirs , Une paix dont nul bien n’égale les plaisirs.
Douce mélancolie! aimable Mensongère!
Des antres, des forêts. Déesse tutélaire.
Qui vient d’une insensible et charmante langueur Saisir l’ami des champs, et pénétrer son cœur. Quand, sorti, vers le soir, des grottes reculées.
Il s’égare à pas lents au penchant des vallées.
Et voit des derniers feux le ciel se colorer.
Et sur les monts lointains un beau jour expirer! Dans sa volupté sage, et pensive et muette.
Il s’assied; sur son sein laisse tomber sa tête.
Il regarde à ses pieds dans le liquide azur Du fleuve qui s’étend, comme lui calme et pur.
Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages,
Et la pourpre en festons couronnant les nuages.
Il revoit près de lui , tout à coup animés ,
Ces fantômes si beaux, à nos pleurs tant aimés. Dont la troupe immortelle habite sa mémoire :
Julie ' , amante faible, et tombée avec gloire ; Clarisse*, beauté sainte oîi^ respire le Ciel,
1. Julie d’Étanges, ou la Nouvelle Héloïse. {Note de l’Édit.") a. Clarisse Harlove. {Id.)
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Dont la douleur ignore et la haine et le fiel,
Qui souffre sans gémir, qui périt sans murmure; Clémentine' adorée, âme céleste et pure,
Qui, parmi les rigueurs d’une injuste maison.
Ne perd point l’innocence, en perdant la raison. Mânes aux yeux charmans! vos images chéries Accourent occuper ses belles rêveries ;
Ses yeux laissent tomber une larme ; avec vous Il est dans vos foyers , il voit vos traits si doux ;
A vos persécuteurs il reproche leur crime ;
Il aime qui vous aime, il hait qui vous opprime ; Mais tout-à-coup il pense , ô mortels déplaisirs ! Que ces touchans objets de pleurs et de soupirs Ne sont peut-être , hélas ! que d’aimables chimères , De l’âme et du génie enfans imaginaires :
Il se lève; il s’agite à pas tumultueux;
En projets enchanteurs il égare ses vœux;
Il ira, le cœur plein d’une image divine.
Chercher si quelques lieux ont une Clémentine,
Et dans quelque désert, loin des regards jaloux, IjB. servir, l’adorer, et vivre à ses genoux.
I. Clëmentine, un des principaux personnages de Grandisson, roman de Richardson. ( Note de l’Éditeur, )
ELEGIES