ÉLÉGIE XIV
O Müses! accourez, Solitaires divines,
Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines! Soit qu’en ses beaux vallons Nîme égare vos pas; Soit que de doux pensers, en de rians climats.
Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne; Soit que, parmi les chœurs de ces nymphes du Rhône, Phœbé dans la prairie, où son flambeau vous luit. Dansantes, vous admire au retour de la nuit:
Venez! J’ai fui la ville aux Muses si contraire.
Et l’écho fatigué des clameurs du vulgaire.
Sur les pavés poudreux d’un bruyant carrefour Les poétiques fleurs n’ont jamais vu le jour.
Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre I/oisive Rêverie , au suave délire ;
Et les rapides chars et leurs cercles d’airain Effarouchent les vers, qui se taisent soudain.
Venez ! Que vos bontés ne me soient point avares. Mais, oh! faisant de vous mes pénates, mes lares. Quand pourrai-je habiter un champ qui soit à moi ; Et, villageois tranquille, ayant pour tout emploi Dormir et ne rien faire, inutile poète.
Goûter le doux oubli d’une vie inquiète !
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l'ji ÉLÉGIES.
Vous savez si toujours, dès mes plus jeunes ans, Mes rustiques souhaits m’ont porté vers les champs; Si mon cœur dévorait vos champêtres histoires,
Cet âge d’or si cher à vos doctes mémoires ,
Ces fleuves, ces vergers, Éden aimé des cieux.
Et du premier humain berceau délicieux ;
L’épouse de Booz', chaste et belle Indigente,
Qui suit d’un pas tremblant la moisson opulente; Joseph, qui dans Sichem cherche et retrouve, hélas ! Scs dix frères pasteurs, qui ne l’attendaient pas; Rachel, objet sans prix, qu’un amoureux courage N’a pas trop acheté de quinze ans d’esclavage *.
Oh! oui: je veux un jour, en des bords retirés,
Sur un riche coteau, ceint de bois et de prés.
Avoir un humble toit *, une source d’eau vive Qui parie, et dans sa fuite, et féconde et plaintive. Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux.
Là je veux, ignorant le monde et ses travaux,