‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 76 sur 119 · ÉLÉGIE XXXIV · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XXXIV

A LE BRUN

Qc’dn autre soit jaloux d’illustrer sa mémoire :

Moi, j’ai besoin d’aimer. Qu’ai-je besoin de gloire, S’il faut, pour obtenir ses regards complaisans,

A l’ennui de l’étude immoler mes beaux ans;

S’il faut, toujours errant, sans lien, sans maîtresse. Étouffer dans mon cœur la voix de la jeunesse.

Et, sur un lit oisif, consumé de langueur.

D’une nuit solitaire accuser la longueur?

Aux sommets où Phœbus a choisi sa retraite.

Enfant, je n’allai point me réveiller poète:

Mon cœur, loin du Permesse, a connu dans un jour Les feux de Calliope et les feux de l’Amour.

L’Amour seul dans mon âme a créé le génie; L’Amour est seul arbitre et seul dieu de ma vie.

En faveur de l’Amour, quelquefois Apollon Jusqu’à moi volera de son double vallon :

Mais que tous deux alors ils donnent à ma bouche Cette voix qui séduit, qui pénètre, qui touche.

Cette voix qui dispose à ne refuser rien;

Cette voix, des amans le plus tendre lien !

Puisse un coup-d’œil flatteur , provoquant mon hommage, A ma langue incertaine inspirer du courage!

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ELEGIES

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