I. Pérille. [Note île rÉcliteur
ÉLÉGIES
D’un peu d’aveuglement n’ait point su se défendre, (Car mon cœur est si bon, et ma muse est si tendre!) Je vins à vos genoux, en soupirs caressans.
D’un vers adulateur vous prodiguer l’encens :
De vos regards éteints la tristesse chagrine Fut bientôt dans mes vers une langueur divine ;
Ce corps fluet, débile, et presque inanimé.
En un corps tout nouveau dans mes vers transformé^ S’élançait léger, souple ; ils vous portaient la vie ; Des Nymphes, dans mes vers, vous excitiez l’envie. Que de fois sur vos traits, par ma Muse polis.
Ils ont mêlé la rose au pur éclat des lis.
Tandis qu’au doux réveil de l’Aurore fleurie Vos traits n’offraient aux yetix qu’une pâleur flétrie , Et le soir , embellis de tout l’art du matin ,
N’avaient de rose, hélas! qu’un peu trop de carmin! Ces folles visions, des flammes dévorées,
Ont péri, grâce aux Dieux, pour jamais ignorées. Sur la foi de mes vers mes amis transportés Cherchaient partout vos pas, vos attraits si vantés, Vous voyaient, et soudain , dans leur surprise extrême. Se demandaient tout bas si c’était bien vous-même; Et, de mes yeux séduits plaignant la trahison. M’indiquaient l’ellébore, ami de la raison.
Quoi! c’est là cet objet d’un si pompeux hommage? Dieux! quels flots de vapeurs inondent son visage!
(XoTTca posthumes. 1 6
a4a ÉLÉGIES.
Ses yeux si doux sont morts; elle croit qu’elle vit; Esculape doit seul approcher de son lit;
Et puis tout ce qu’en vous je leur montrais de grâce N’était rien à leurs yeux que fard et que grimace.
Je devais avoir honte ; ils ne concevaient pas Quel charme si puissant m’attirait dans vos bras. Dans vos bras! qu’ai-je dit? Oh non! Vénus avare Ne m’a point fait un don qui fut toujours si rare.
Si je l’ai cru long-tems, après votre serment Je vous crois; et jamais une belle ne ment:
Jamais de vos bontés la confldente amie Ne vint m’ouvrir la nuit une porte endormie,
Et jusqu’au lit de pourpre en cent détours obscurs Guider ma main errante à pas muets et sûrs.
Je l’ai ci'h: pardonnez; mais ce sera, je pense...
Oui, c’est qu’à mon sommeil, plein de votre présence. Un songe officieux, enfant de mes désirs.
M’apporta votre image et de vagues plaisirs.
Cette faute à vos yeux doit s’excuser peut-être; Même on cite un ingrat qui vous la fît commettre.
Adieu! suivez le cours de vos nobles travaux: Cherchez, aimez, trompez mille imprudens rivaux. Je ne leur dirai point que vous êtes perfîde;
Que le plaisir de nuire est le seul qui vous guide; Que vous êtes plus tendre, alors qu’un noir dessein, Pour troubler leur repos, veille dans votre sein;
ÉLÉGIES. a43
Mais ils sauront bientôt, honteux de leur faiblesse, Quitter avec opprobre une indigne maîtresse.
Vous pleurerez; et moi j’apprendrai vos douleurs Sans même les entendre, et rirai de vos pleurs.
iG
ÉLÉGIES