BOUTADE
La grâce, les talens, ni l’amour le plus tendre,
D’un douloureux affront ne peuvent nous défendre. Encore si vos yeux daignaient, pour nous trahir. Chercher dans vos amans celui qu’on peut choisir. Qu’une Belle ose aimer sans honte et sans scrupule. Et qu’on ose soi-même avouer pour émule !
Mais Dieux! combien de fois notre orgueil ulcéré
ÉLÉGIES. 257
A rougi du rival qui nous fut préféré!
Oui, Thersite souvent peut faire une inconstante: Souvent l’appât du crime est tout ce qui vous tente.
Le courrotix d’un amant n’est point inexorable. Ah ! si tu la voyais cette belle coupable Rougir, et s’accuser, et se justifier.
Sans implorer sa grâce et sans s’humilier; Pourtant de l’obtenir doucement inquiète,
Et, les cheveux épars, immobile, muette,
IjCS bras , la gorge nus , en un mol abandon , Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon ! Crois qu’abjurant soudain le reproche farouche Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche.
Viens près d’elle au matin, quand le Dieu du repos Verse au mol oreiller de plus légers pavots.
Voir sur sa couche, encor du Soleil ennemie.
Errer nonchalamment une main endormie.
Ses yeux prêts a s’ouvrir, et sur son teint vermeil Se reposer encor les ailes du Sommeil.
Près des bords où Venise est reine de la mer. Le Gondolier nocturne, au retour de Vesper, D’un aviron léger bat la vague aplanie,
(ffîuvrps posthumes ^7*
a58 ÉLÉGIES.
Chante Renaud, ïancrède, et la belle Herminie.
11 aime ses chansons ; il chante sans désir ,
Sans gloire, sans projets, sans craindre l’avenir;
Il chante, et, plein du Dieu qui doucement l’anime, Sait égayer du moins sa route sur l’abyme.
Comme lui, sans échos je me plais à chanter;
Et les vers inconnus que j’aime à méditer Adoucissent pour moi la route de la vie.
Oïl de tant d’aquilons ma voile est poursuivie
I. Ce fragment inédit, qui semble une légère imitation d’un des souneU de Melchior Zoppi , nous est adressé au moment où nous imprimons cette feuille, par M. H. de Latouche, rédacteur en chef du Mercure du dix -neuvième siècle. C’est à ce même écrivain, élégant et modeste, que nous sommes redevables de la Notice intéressante sur la vie et les ouvrages d’André Chénier, imprimée en tête de ce volume. [Note de V Editeur.)
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