‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 86 sur 119 · SUR LA. MORT D’UN ENFANT · texte numérisé non relu

SUR LA. MORT D’UN ENFANT

L’innocewte victime, au terrestre séjour.

N’a vu que le printems qui lui donna le jour;

Rien d’elle n’est resté qu'un nom, un vain nuage, Un souvenir, un songe, une invisible image.

Adieu! fragile enfant, échappé de nos bras;

Adieu! dans la maison d’où l’on ne revient pas. Nous ne te verrons plus, quand, de moi.sson couverte, La campagne d’été rend la ville déserte ;

Dans l’enclos paternel nous ne te verrons plus.

De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus. Presser l’herbe et les fleurs dont les nymphes de Seine Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne.

ÉLÉGIES

L’axe de l’humble char à les jeux destiné ,

Par de fidèles mains avec toi promené,

Ne sillonneia plus les prés et le rivage.

Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage. N’inquiéteront plus nos soins officieux;

Nous ne recevrons plus, avec des cris joyeux.

Les efforts iinpuissans de ta bouche vermeille A bégayer les sons offerts à ton oreille.

Adieu! dans la demeure où nous nous suivrons tous; Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.

Partons : la voile est prête; et Byzance m’appelle. Je suis vaincu : je suis au joug d’une cruelle.

Le teins, les longues mers, peuvent seuls m’arracher Ses traits, que malgré moi je vais toujours chercher. Son image, partout à mes yeux répandue;

Et les lieux qu’elle habite, et ceux où je l’ai vue; Son nom qui me poursuit: tout offre à tout moment Au feu qui me consume un funeste aliment.

Ma chère Liberté, mon unique héritage.

Trésor qu’on méconnaît tant qu’on en a l’usage.

Si doux à perdre, hélas! et sitôt regretté!

M’attends-tu sur ces bords, ma chère Liberté?

Tout mortel se soulage à parler de ses maux.

Le suc que d’Amérique enfantent les roseaux Tempère au moins un peu les breuvages d’absinthe : OEuvi» posthumes. l6

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Ainsi le fiel d’amour s’adoucit par la plainte;

Soit que le jeune amant raconte son ennui A quelque ami jadis agité comme lui ;

Soit que , seul dans les bois , ses éloquentes peines Ne s’adressent qu’aux vents , aux rochers , aux fontaines.

(Loiidre.s, décembre 17S9.)

Sans parens, sans amis, et sans concitoyens,

Oublié sur la terre, et loin de tous les miens.

Par les vagues jeté dans cette île farouche.

Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche. Auprès d’un noir foyer, seul, je me plains du Sort; Je compte les momens, je souhaite la mort;

Et pas un seul ami dont la voix m’encourage;

Qui près de moi s’asseye, et, voyant mon visage Se baigner de mes pleurs, et tomber sur mon sein. Me dise : « Qu’as-tu donc? » et me presse la main!

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