‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 98 sur 119 · ODE VI · texte numérisé non relu

ODE VI

Non, de tous les amans les regards, les soupirs.

Ne sont point des pièges perfides ;

Non, à tromper des cœurs délicats et timides Tous ne mettent point leurs plaisirs; Toujours la feinte mensongère Ne farde point de pleurs, vains enfans des désirs. Une insidieuse prière.

Non, avec votre image, artific-e et détour Fanny! n’habitent point une âme:

Des yeux pleins de vos traits sont à vous. Nulle femme Ne leur paraît digue d’amour:

Ah! la pâle fleur de Clytie Ne voit au Ciel qu’un astre; et l’absence du jour Flétrit sa tête appesantie.

Des lèvres d’une belle un seul mot échappé Blesse d’une trace profonde Le cœur d’un malheureux qui ne voit qu’elle au monde: Son cœur pleure en secret frappé,

Quand sa bouche feint de sourire.

ODES

Il fuit ; et , jusqu’au jour de son trouble occupé , Absente, il ose au moins lui dire:

« Fanny! Belle adorée, aux yeux doux et sereins,

« Heureux qui, n’ayant d’autre envie O Que de vous voir, vous plaire, et vous donner sa vie, « Oublié de tous les humains,

« Près d’aller rejoindre ses pères,

« Vous dira, vous pressant de ses mourantes mains: « Crois-tu qu’il soit des cœurs sincères! »

ODES

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