‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 97 sur 119 · AUX PREMIERS FRUITS DE MON JARDIN · texte numérisé non relu

AUX PREMIERS FRUITS DE MON JARDIN

Précurseürs de l’Automne, ô fruits nés d’une terre Où l’art industrieux, sous ses maisons de verre,

Des soleils du midi sait feindre les chaleurs!

Allez trouver Fanny, cette mère craintive ;

A sa fille, aux doux yeux, fieur débile et tardive, Rendez la force et les couleurs.

Non qu’un péril funeste assiège son enfance:

Mais du cœur maternel la tendre défiance ‘ ‘

N’attend pas le danger qu’elle sait trop prévoir ;

Et Fanny, qu’une fois les Destins ont frappée, Soupçonneuse, et long-tems de sa perte occupée. Redoute de loin leur pouvoir.-

L’Eté va dissiper de si promptes alarmes.

Nous devons, en naissant, tous un tribut de larmes; Les siennes ont déjà trop satisfait aux Dieux.

Sa beauté, ses vertus, ses grâces naturelles, N’ontpointdesDieuxsansdoute,ainsiquedes mortelles, Armé le courroux envieux.

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Belle bientôt comme elle, au retour d’Érigone, L’enfant va ranimer, nourrisson de Pomone,

Ce front que de Borée un souffle avait terni.

Oh! de la conserver, Cieux! faites votre étude!

Que jamais la douleur, même l’inquiétude, rr approchent du sein de Fanny !

Que n’est -ce encor ce tems et d’amour et de gloire Qui de Pollux, d’Alceste, a gardé la mémoire. Quand un pieux échange apaisait les Enfers !

Quand les trois Soeurs pouvaient n’être point inflexibles, Et qu’au prix de ses jours de leurs ciseaux terribles On rachetait des jours plus cliers !

Oui, je voudrais alors qu’en effet toute prête La Parque, aimable enfant, vînt menacer ta tête. Pour me mettre en ta place, et te sauver le jour; Voir ma trame rompue à la tienne enchaînée;

Et Fanny s’avouer par moi seul fortunée.

Et s’applaudir de mon amour.,

Ma tombe quelque jour troublerait sa pensée.

Quelque jour, à sa fille, entre ses bras pressée. L’œil humide peut-être , en passant près de moi : «Celui-ci, dirait-elle, à qui je fus bien chère,

« Fut content de mourir, en songeant que ta mère « N’aurait point à pleurer sur toi. »

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