SUR L'ITALIE
Italie , Italie , ah ! quel destin perfide
Te donna la beauté, source de tes malheurs?
Ton sein est déchiré par le fer homicide,
Tu portes sur ton front l'empreinte des douleurs.
Ah! que n'es-tu moins belle, ou que n'es-tu plusforte!
Inspire plus de crainte ou donne moins d'amour.
De l'étranger jaloux la perfide cohorte
]M'a feint de t'adorer que pour t'ôter le jour.
Quoi! verra-t-on toujours descendre des~^montagnes
Ces troupeaux de Gaulois, ces soldats effrénés,
Qui du Tibre et du Pô, dans nos tristes campagnes.
Boivent l'onde sanglante et les flots enchaînés ?
Verra-t-on tes enfants, ceints d'armes étrangères,
Des autres nations seconder les fureurs;
Et, ne marchant jamais sous leurs propres bannières,
Combattre pour servir, ou vaincus, ou vainqueurs?
HENRY ET EMMA
C UXADE IMITÉK DE PRIOR.
Je ne sais ce qu'il faut en croire, Mais aux femmes , depuis longtemps , On a reproché, dit l'histoire, Des cœurs légers et peu constants.
Or, écoutez donc l'aventure De cette fille aux bruns cheveux , Dont l'âme courageuse et pure A brûlé des plus nobles feux.
Son amant vient, frappe et l'éveille Au funeste coup de minuit.
Descends, dit-il, chacun sommeille; Ouvre-moi ta porte sans bruit.
Il faut nous quitter, chère amie; Las ! je vais fuir bien loin de toi , Car le juge a livré ma vie Au fer barbare de la loi.
Ta peine est à moi , lui dit-elle , Ami, je te suivrai toujours; Qu'un antre éloigné nous recèle , Au désert même ayons recours.
Si la fortune mensongère En un jour change notre sort ,
HENRY ET EMMA
Le lien d'une âme sincère rfe peut se briser qu'à la mort.
HENHY.
Non, non, tu ne saurais me suivre.
Renonce à ce fatal désir; Dans les déserts' où je dois vivre, Combien il te faudrait souffrir !
L'air glacé, la soif et la dure, La faim, la douleur et l'effroi.
Fille à la belle chevelure, Seraient ton partage avec moi.
EMMA-
Je ne crains rien que ton absence, Et ton départ seul me fait peur ; Loin de toi jamais l'espérance Ne pourra rentrer dans mon cœur.
La soif, la misère et la dure , Le désert même et les frimas, Oui , tout me plaît dans la nature , Lorsque je marche sur tes pas.
HENBY.
Non, je pars seul. Non, mon amie.
Reste en ces lieux, sèche tes pleurs.
Ah ! le temps qui berce la vie , Sait bien endormir les douleurs.
L'envie, à la langue maudite.
Poursuit l'amour et la beauté; Lorsque l'on apprendrait ta fuite, Ton nom serait-il respecté?
EMMA
Non, le temps qui berce la vie Ne peut endormir les douleurs.
Ton souvenir à ton amie Chaque jour coûterait des pleurs.
L'envie, à la langue maudite.
Contre moi lance en vain ses traits ; C'est toi que je suis dans ma fuite , ï^t j'aime les vertes forêts.
HENBY.
La sombre forêt épouvante;
Ton cœur timide frémira ,
Lorsque la flèche menaçante
Au fond des bois retentira.
Si l'on m'atteiût , d'horribles chaînes
Pèseront sur les faibles bras ;
Tu n'auras, pour prix de tes peines ,
IVautr? avenir que le trépas.
EMMA
Quand nous aimons avec ivresse , L'amour aguerrit notre cœur, Et peut même à notre faiblesse Prêter une mâle valeur.
Lorsque la flèche menaçante Au fond des bois retentira.
L'œil attentif de ton amante Sur toi seul , ami , veillera.
HENRY
La sombre foret est l'asile Des brigands, des loups et des ours; Nul toit n'offre un abri tranquille Pour protéger tes tristes jours.
Au fond d'une caverne obscure , La terre formerait ton lit; Le fruit sauvage et l'onde pure Sont tout le festin d'un proscrit.
EMMA
La forêt est un sûr asile Où pour toi je ne crains plus rien; Quel autre abri serait tranquille.
Et ton sort n'est- il plus le mien?
Tu sauras, d'un bras intrépide, Dompter les hôtes des forêts; Et dans les flots de l'eau limpide On puise le calme à longs traits.
HENRY
Ah ! du sort dont je suis la proie Tu ne connais pas tous les maux.
Sais-tu que tes cheveux de soie Doivent tomber sous les ciseaux?
Sais-tu qu'une laine grossière Voilera tes jeunes attraits.
Et qu'à tes sœurs, comme à ta mère, Il faut dire adieu pour jamais?
EMMA
Adieu, ma mère. J'ai dil suivre
L'ami fidèle et malheureux.
Vous, mes sœurs, c'est à vous de vivre
Au sein des plaisirs et des jeux.
Je n'irai plus dans une fête :
Sans peine je livre aux ciseaux
Ces cheveux qui paraient ma tête,
Ces cheveux si bruns et si beaux.
HENRY
Et bien ! toi qui me crois fidèle,