VIT
D'une voix lugubre et troublée ,
Tout à coup le fils d'Oïlée S'écrie , en blasphémant les dieux :
Vantez le maître du tonnerre , Vous qu'il lui plaît de rendre heureux C'est au hasard qu'il a livré la terre : La mort vous a ravi vos plus nobles guerriers , Mais Thersite retourne en paix dans ses foyers.
LE CHOEUR
Le Destin , de son urne immense , Laisse tomber les biens, et les maux et la mort; Si vous gagnez le lot du sort , Vous pouvez chanter sa puissance.
Vin.
Oui , la terrible guerre a frappé les meilleurs.
Au milieu des champs des vainqueurs,
Ton ombre me suit , ô mon frère !
C'est toi , dont la valeur guerrière , Comme une tour, appuyait nos combats.
Quand nos vaisseaux brûlaient , seul tu sauvas la
Mais le rusé, par son adresse, [Grèce ;
A ravi le beau prix que méritait ton bras.
LE CHOEUR
Que sa cendre au moins soit paisible ; Ajax a succombé , mais sous ses propres coups. De sa gloire les dieux jaloux, Par la colère ont vaincu l'invincible.
Wéoptolème a fait couler le vin Sur le tombeau qu'il élève à son père. Achille, ô mon guerrier, qu'il est beau, ton destin ! La gloire est le premier des destins de la terre. Sur le bûcher notre corps doit périr ; Mais notre cendre est ranimée , Quand la voix de la renommée Nous évoque dans l'avenir.
LE CHOEUR
Héros, de ta noble carrière La gloire s'étendra jusqu'à nos derniers jours ; La vie est passagère.
Les morts durent toujours.
N'oublions pas la gloire malheureuse, Dit le fils de Tydée. Ah ! du héros vaincu
Chantons aussi la lutte généreuse ; Pour ses dieux paternels il avait combattu.
Le noble Hector défendait sa patrie :
Si les lauriers couronnent nos efforts ,
EPITRE SUR NAPLES
A la plus noble cause il immola sa vie : Qu'un grain d'encens l'atteigne chez les morts.
LE CHŒUB.
Qui combattit pour ses dieux domestiques, Qui fut le bouclier de sa vieille cité,
A pu tomber sous ses débris antiques, Mais par l'ennemi même il sera respecté.
Trois âges d'homme ont passé sur ta tête , O Nestor ! vieux convive , oracle des héros ! De la mère d'Hector, au milieu de la fête, Il croit entendre les sanglots.
Il prend la coupe couronnée, Le vieillard connaît mal les profondes douleurs : Tiens, lui dit-il, infortunée.
Bois ce nectar, c'est l'oubli des malheurs.
LE CHŒUR
Croyez-nous, déplorable reine.
Et ne repoussez pas les présents de Bacchus ; Par sa puissance souveraine Il rend l'espoir même aux vaincus.
Alors que le ciel implacable Lançait sur Miobé ses arrêts destructeurs,
Elle n'a point, dans ses douleurs,
Refusé ce jus secourable.
Il retrouvera des beaux jours , Celui qui fait couler le nectar dans ses veines ;
Car le souvenir de ses peines Dans le Léthé se perdra pour toujours.
LE CHCELB.
Il retrouvera des beaux jours , Celui qui fait couler le nectar dans ses veines; Car le souvenir de" ses peines Dans le Léthé se perdra pour toujours.
Sous le poids des fers opprimée, La prophétesse obéit au Destin ; Elle voit dans les airs une sombre fumée Planer sur les débris de l'empire troyen.
Ainsi , dit-elle , sur la terre
Tout disparaît, tout se détruit; D'un instant de bonheur la splendeur passagère
S'éteint dans réternelle nuit.
LE CHOEUIl.
Partons, amis; que nos vaisseaux agiles
Laissent loin derrière eux la crainte et le chagrin;
Sur l'avenir soyons tranquilles.
Peut-être au sein des morts nous dormirons demain.