ADOLPHE ET SIGEFROI
ADOLPHE
Mon père , venez par ici : c'est dans ce même lieu que j'ai vu cette enfant si jolie que je voulais vous montrer.
SIGEFROI
Je ne sais pourquoi , mon fils, j'ai cédé à tes désirs. Je fuis les hommes, et la présence des enfants m'inspire un trouble douloureux dont je ne puis triompher. Comment se fait-il qu'aujourd'hui je n'aie pu résister à tes désirs? il n'y avait rien dans tes prières qui ddt m'entraîner ainsi. Mais mon âme s'attendrissait d'elle-même, et ta voix disposait de ma volonté.
ADOLPHE
Mon père , je voudrais bien exercer quelquefois ce pouvoir sur vous ; j'essayerais de vous arracher à votre tristesse. Ah! si ma mère vivait encore, nous ne serions pas si malheureux!
SIGEFBOI.
Ta mère ! d'où vient que tu la nommes ? je t'avais défendu de m'en parler.
ADOLPHE
Pardon, mon père, si je renouvelle ainsi votre peine; mais la petite fille que j'ai rencontrée m'a peint si vivement le bonheur d'avoir une mère, que je n'ai pu m'empécher de pleurer la mienne avec
vous.
BIGEFBOI.
Avec moi ! qui t'a dit que je la regrette ?
ADOLPHE
'V^os chagrins n'ont conmiencé qu'à sa mort?
SIGEFEOI.
Kul ne sait ce qui se passe au fond du cœur. La destinée a tant de moyens de tourmenter l'homme ! qui peut deviner quel est celui qu'elle a tourné contre moi ?
ADOLPHE
Il est pourtant si aisé d'être content! Courir, chasser, jouir de ce beau temps, parcourir ces forêts, sentir qu'on vit seulement, est un plaisir.
SIGEFROI
Adolphe , Adolphe , tant qu'on psut exister seul , la nature donne mille plaisirs ; mais quand ce malheureux cœur ressent le besoin d'aimer, qu'il est offensé, qu'il est trahi , qu'importent ce soleil, cet air pur ,^ces amusements simples et vifs que l'on ne peut plus goûter ! Un poids affreux pèse sur mon âme. Respirer est un effort, m'éveiller un supplice, et sur tous ces objets qui t'enchantent, je crois voir planer les ténèbres.
ADOLPHE
Que dites-vous , mon père ?
SIGEFROI
A qui vais-je parler de ma douleur ? à cet enfant qui, sans moi, n'en connaîtrait pas même le nom. Va , laisse-moi ! va chercher les compagnons de tes jeux. Laisse-moi !