‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 202 sur 312 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

les mêmes, l'ermite.

l'ermite.

Seigneur , lisez cet écrit que je vous aurais remis plus tôt, si, par un sentiment trop délicat, la duchesse de Brabant n'eût pas voulu tenir de votre amour seul ce que la justice exigeait de vous.

SIGEFROI

0 Dieu ! qu'ai -je lu! quelle lumière me frappe! Où est-il ce monstre qui m'a trompé, cet infâme Golo?

l'ermite.

Seigneur, sa tombe est sous vos yeux.

SIGEFROI

Il ne vit plus. Qui donc reste-t-il à punir? qui? moi , moi seul ! Geneviève est innocente , et j'ai voulu sa mort ! et pendant dix années elle m'a fui comme son assassin ! Je n'ose embrasser ses genoux. Mon fils, prosternez - vous aux pieds de votre mère.

GENEVIEVE DE BRADANT, ACTE lll, SCENE M.

ADOLPHE

Juste ciel ! ma mère !

siGEFBOi , à la fille de Geneviève.

Viens dans mes bras , mon enfant.

GENEVIÈVE, ouvrant les yeux.

Que vois-je ? la prédiction est accomplie : ma fille est dans ses bras , Adolphe embrasse sa mère ! Je puis mourir.

SIGEFBOI.

O mon père ! secourez-la. Ce n'est pas pour elle que la vie est nécessaire. Ah ! cet ange ne sera bien que dans les deux. Mais moi , quel asile me resterait-il sur la terre et au delà de ce monde , si la mort me l'arrachait, la mort que j'ai voulu lui donner ! 0 Dieu ! laissez-moi le temps d'être pardonné. ( AVerynlte.) Mon père...

l'ermite.

Seigneur, votre épouse croyait elle-même que cet instant serait le dernier de sa vie. Elle-même l'a souhaité.

SIGEFROI

Quoi! Geneviève, tu veux me quitter? Ah! je le sens, tu ne peux me souffrir. Mais vis, et laissemoi n^iourir; bannis-moi loin de toi, que j'aille occuper la grotte solitaire où ma barbarie t'a reléguée ! que j'y sois sans un enfant ! que j'y sois avec des remords ! Ah ! je ne serai point encore assez puni...

ADOLPHE

Mon père, je vais chercher du secours : je vais appeler les chasseurs qui nous suivaient dans la foret.

SIGEFEOI.

Va, mon fils, appelle-les. Qu'ils viennent, qu'ils accourent... ( Adolphe sort. ) l'ebmite.

Seigneur, ne croyez pas que les secours humains aient le pouvoir de nous rendre Geneviève. Dieu seul l'a protégée quand vous l'abandonniez ; vos remords obtiendront -ils qu'elle vive? Avez -vous dans votre àme une douleur, un repentir qui puisse, dans un instant, expier dix années? le ciel peutêtre alors vous exaucera.

SIGEFBOI.

Ah, mon père! que ditesrvousPy a-t-il des larmes, y a -t-il du sang qui rachetât mon crime ? Parlez.

l'eejiite.

Priez Dieu , priez Geneviève ; son âme sainte et pure approche, en cet instant, de la céleste demeure ! Peut-être s'arrêtera -t-elle à notre voix; peut-être demandera-t-elle de passer encore quelques jours avec vous sur la terre.

l'e>fa.\t.

Non, ma mère n'est qu'endormie ; je suis sûre qu'elle va me répondre : ah ! son enfant ne l'a jamais appelée en vain. Ma mère! ma mère!

GENEVIÈVE

Chère enfant !

l'enfant.

Vous le voyez , elle me parle.

SIGEFROI

Ciel! sa main glacée ne serre plus la mienne. En bénissant sa fille aurait-elle prononcé sa dernière parole? Geneviève! Geneviève! n'entends-tu point mes cris? ne sens -tu que l'amour de mère? ton malheureux époux n'est -il donc rien pour toi ! L'éternel repentir, l'abîme du désespoir est ouvert sous mes pas : c'est l'enfer que la mort , c'est l'enfer que la vie. Où donc est-il le poignard qui soulagerait mon coeur? donnez-le-moi, donnez-le-moi. ADOLPHE, revenant.

Ils arrivent nos amis, mon père; ils viennent à notre aide.

l'ebmite.

iMes enfants , voilà votre père accablé par des regrets, par des tourments qui ne lui laissent plus aucun empire sur lui-même; votre mère est expirante. Dans un instant vous pouvez être orphelins. Demandez à Dieu qu'il vous épargne la plus horrible douleur que l'homme puisse éprouver sur cette terre. Ah ! quand nous perdons ici-bas ceux qui nous ont donné la vie , l'image de la Divinité semble se voiler à nos yeux, et la solitude de la mort commence.

Prosternez-vous avec moi, pauvres enfants {Vermite et les deux enfants se mettent à genoux); tournez vos regards vers le ciel ! de là viendra l'espérance. Grand Dieu ! ces enfants avec moi vous demandent la vie de leur mère! prêtez -leur quelque temps encore celle qui les a tant aimés, quelque temps encore, et vous la rappellerez à vous. Mais après dix années de souffrances, des instants de bonheur feront du bien à ces âmes troublées , et votre bonté leur rendra la force de vivre et de vous servir.

ADOLPHE

Ah! mon père, parlez encore; ce que vous dites est si vrai !

Mon père , priez aussi pour moi , car je ne veux pas vivre sans ma mère.

l'ebmite.

]Mes enfants, entendez-vous?....

( On entend de la musique dans Véloignement.)

ADOLPHE

Ne sont-ce pas nos amis qui viennent à nous?

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