SCENE IIÎ
GUEHAZI, LA SUNAMITE, LA SOEUR, SEMIDA.
SEMIDA.
Guehazi, te voilà, que j'en suis aise! Dis-moi, ton digne ami et le notre, Elisée, va-t-il venir .''
GUEHAZI.
Non, Semida, vous ne le verrez pas.
LA SUNAMITE
Lui serait-il arrivé quelque malheur?
GUEHAZI.
Sunamite, l'homme que Dieu protège n'est point atteint par les coups aveugles du sort.
LA SUNAMITE
Et quel est le motif qui le retient loin de nous?
Il n'est pas loin de vous ; ce soir même il doit se reposer sur le mont Carmel.
LA SUNAMITE
Pourquoi donc me refuse-t-il sa visite accoutumée ?
GUEHAZI.
Tu n'as pas, dit-il, besoin de lui ; et les fêtes (jui retentissent dans ta maison ne conviennent pas à sa vieillesse.
SEMTDA.
Ah ! dis-lui, Guehazi, que ces fêtes seront bientôt passées. Je jouerai de la harpe, je danserai bien vite, et dès que j'aurai fini, j'irai près d'Elisée.
GUEHAZI.
Charmante Semida, Elisée, mon respectable maître, n'a point détourné son affection de toi.
LA SUNAMITE
Guehazi, demain j'irai trouver le saint prophète, et j'espère qu'il ne blâmera point nos innocents plaisirs.
GUEHAZI.
En est-il d'innocents quand l'orgueil s'y mêle ?
LA SUNAMITE
L'orgueil maternel.
GUEHAZI.
IV'importe : le Dieu d'Abraham punit aussi celui-là.
Guehazi , blâmerais-tu ma mère ? Elisée la blàmerait-il ? Conduis-moi près de lui , que je lui dise combien elle m'aime , combien elle me rend heureuse. C'est ma faute d'être quelquefois triste les jours de fête; car c'est pour moi, pour moi seule que ma mère arrange tous ces plaisirs.
GUEHAZI.
Chère enfant , tu es quelquefois triste les jours de fête; eh bien, tu seras consolée dans les jours de l'adversité. Qui sentit la tristesse que recèlent les joies humaines, connaîtra l'espérance que Dieu renferme encore au sein du malheur.
LA SUNAMITE
Guehazi , ta jeunesse est sombre et sévère.
GUEHAZI.
Puisse le sort ne l'être pas davantage envers toi !
LA sœuR.
Dis au saint prophète que toutes ses paroles sont restées gravées dans mon cœur,
GUEHAZI.
Il le sait. {Une musique de fêle se fait entendre.) IMais qu'est-ce que j'entends?
LA SŒUR
Ce sont les joueurs de flùle qui annoncent le conmiencement de la fête.
GUEHAZI,
Cette musique triomphante me remplit malgré moi d'un pressentiment douloureux. — Sunamite,