LE CAPITAINE KERTSADEC, ACTE I, SCENE II
M'"" DE KERNADEC.
Non assurément. Mais il ne s'agit pas de tout cela; j'ai quelque chose d'important à vous communiquer. Je voudrais vous parler seul.
LE CAPITAINE
A la bonne heure; je n'ai rien à faire aujourd'hui; c'est un calme plat. Je causerai tant qu'il vous plaira,
M°' DE KERNADEC.
Qu'est-ce que vous dites d'un calme plat.' cela est-il nécessaire pour causer avec moi.!* Vous ne savez rien m'adresser qui ne m'offense.
LE CAPITAINE
Eh! parbleu, madame, ne faudrait-il pas prendre des mitaines? et puis d'ailleurs, de quoi vous fâchez-vous? Chacun son langage. Vous êtes une femme d'esprit; vous avez vécu à Paris; nous autres gens de mer nous ne donnons pas dans tout cela.
M""^ DE KERNADEC.
Et cette ennuyeuse pipe dont vous m'envoyez des bouffées à chaque instant, comment y tenir? Ma pommade à la fleur d'orange, mes roses, tout, dans la maison, sent le tabac.
ROSALBA
Ah! maman, qu'est-ce que cela fait? M. Derval me disait l'autre jour qu'il aimait beaucoup cette odeur -là.
M. Derval , mademoiselle , ce galant doucereux qui vient vous faire la cour ? Il lui appartient bien d'aimer la pipe ! Je parie qu'il n'a pas seulement fait une lieue en mer. C'est un monsieur si tranquille ! si gracieux ! C'est comme cela que vous les aimez vous autres, mesdames; mais moi, morbleu, il me faut des moustaches dans ma famille, et non pas des faiseurs de madrigaux; m'entendez-vous? ROSALBA , à madame de Kernadec.
Ah ! maman , comme cela s'annonce mal !
M""" DE KERNADEC.
Ma fille, laissez-moi seule avec lui : il fait toujours plus de train quand il y a du monde.