SCENE m
J^ES PBÉCÉDENTS, ROSALBA.
LE CAPITAINE
Mademoiselle , est-il vrai que vous ayez envie de vous marier ?
BOSALBA.
Hélas ! oui, mon père.
LE CAPITAINE
Vous êtes trop jeune.
BOSALBA.
A quel âge , mon père , avez-vous commencé vos campagnes ?
LE CAPITAINE
Bel argument , M-aiment : dans l'état militaire on se passe de raison, je l'ai bien prouvé, moi; dans ma jeunesse je n'en avais pas , le croiriezvous ? oui , je n'en avais pas. IMais dans le ménage, il faut une sagesse ]Madame de Kernadec, par exemple, avant même qu'elle fût d'un âge mûr
M"" DE KERNADEC.
Mais, mon Dieu, laissez donc ce vilain mot d'âge , vous savez que je ne puis le souffrir.
Cependant, ma fille, si tu veux te marier, je t'enverrai la liste des officiers de mon équipage ; ils sont tous excellents marins , tu peux choisir.
BOSALBA.
Mon père, j'ai déjà choisi , et j'aime M. Derval.
LE CAPITAINE
M. Derval ! mais y penses-tu donc ? il n'est pas en état de te conduire.
BOSALBA.
Eh bien , ce sera moi qui le conduirai.
LE CAPITAINE
Il n"a pas de volonté.
BOSALBA.
J'en aurai pour deux.
LE CAPITAINE
Le moindre orage lui fera perdre la tête.
BOSALBA.
Nous resterons sur terre.
LE CAPITAINE
Sur terre, ma fille! Mademoiselle de Kernadec resterait sur terre ! Tu n'irais pas une fois en Amérique, pas une fois aux Indes! autant vaudrait-il ne pas sortir de Vaugirard.
BOSALBA.
Eh bien, mon père, quand cela serait?
Écoute, ma fille : je t'ai parlé doucement jusqu'à présent ; on dirait que je suis un efféminé comme ce Derval , tant je suis modéré et tranquille ; mais, morbleu , si tu me résistes, je perdrai patience ; je mettrai toutes les voiles au vent , et nous verrons qui sera le maître, d'une petite fille comme toi, ou d'un homme qui ne craint ni le feu ni la tempête. Adieu.