LE CAPITAINE, NÉRINE
LE CAPITAINE
Bonjour, Nérine. Bonjour, madame; car ils disent que tu es mariée.
NÉKINE.
Quoi ! vous l'avez oublié ? Ah monsieur ! je croyais que ce jour ne s'effacerait jamais de votre souvenir.
LE CAPITAINE
Il t'en a donc bien coûté ?
NÉRINE
Cruel ! vous ne vous souvenez pas de ce jour où j'embrassai vos genoux en pleurant.
LE CAPITAINE
Ah! bon Dieu! toi à mes genoux ! .Te t'ai sûrement relevée bien vite ? Mais quand tout cela s'estil passé?
Il y a sept ans , en 1811, avant que Sabord eût la jambe fracassée.
LE CAPITAINE, à part.
Elle parle comme Sabord ; ai-je donc la tête à l'envers? N'en disons rien; car ils chercheraient peut-être à me faire enfermer. Faisons semblant de me souvenir de tout. ( Haut. ) Ah oui ! je me rappelle; il y a donc sept ans qu'hier...
NÉRINE
Que dites-vous ?
LE CAPITAINE , à pai't.
Je ne sais ce que je dis : mettons - la pourtant à l'épreuve.— Nérine , on dit que tu as trois enfantas fais-les-moi venir.
NERINE.
Ah ! très -volontiers, mon cher maître; ma petite Georgette, votre filleule, est bien gentille ; c'est vous qui lui avez appris à lire.
LE CAPITAINE
Ah ! par exemple...
NÉRINE
Comment ?
LE CAPITAINE
Eh bien oui ! je lui appris à lire; mais fais que je la voie au moins, puisque je lui ai appris de si belles choses.
NÉRINE , faisant e7ifrer trois petites filles sur la scène.
Venez, mes enfants; notre bon capitaine qui vous a vues naître , veut vous parler. Toi , Georgette, que de fois le capitaine Kernadec t'a fait répéter tes leçons ! Toi , Martine , que de présent.s tu as reçus de lui !
LE CAPITAINE
J'étais donc bien magnifique ?
NÉRINE
Et toi, mon Élise, que de soins il a pris de toi dans ta dernière maladie ! Il t'a veillée dix nuits ; et sans les soins d'un si bon maître, que serionsnous devenus ?
LE CAPITAINE
Je suis prêt à pleurer sur moi-même. Ah ! Nérine, j'ai plus fait de choses pendant ces sept années que dans tout le reste de ma vie.
NÉRINE
Ah oui ! mon cher maître , vous avez été d'une bonté...
LE CAPITAINE
Oui , c'est vrai , je ne me reconnais pas moimême. Nérine , sais-tu que j'ai bien changé depuis sept ans ? J'ai beaucoup réfléchi ; je sens que je n'aime plus la vie joyeuse : il y a longtemps que je n'ai été ivre. Combien y a-t-il ?
NÉRINE
Mais , monsieur, vous l'avez été à peu près tous les jours.
C'est singulier ; j'aurais cru... Biais quel est donc cet officier que je vois là-bas avec Sabord?
NÉRINE
Comment! mais c'est M. Derval; il revient au bout de sept ans , vous demander de tenir la promesse que vous lui avez faite de lui donner mademoiselle Rosalba en mariage. Il arrive du Japon, il s'est distingué dans la marine : vous serez fort content de lui.