‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 241 sur 312 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M""" DE KBIEGSCHENMAHL.

C'est bien honnête.

M. DE KEIEGSCHENMAHL.

C'est bien complaisant.

M'"" DE KRIEGSCHENMAHL.

Quand vous étiez amoureux de moi...

M. DE KRTEGSCHENMAHL.

Quand vous aviez envie de m'épouser...

Je m'amusais bien plus.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

.Te m'ennuyais bien moins.

M'"" DE KRIEGSCHENMAHL.

Nous sommes pourtant heureux ensemble.

M. DE KRIEGSCHENMAHL, en bâillant.

Oui, bien heureux.

M™' DE KRIEGSCHENMAHL.

Mais quelquefois j'aurais envie...

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

De quoi ?

M"" DE KBIEGSCHENMAHL.

D'autre chose.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Que voulez-vous dire, madame de Kriegschenmahl ?

M""' DE KRIEGSCHENMAHL.

Ne vous fâchez pas, M. de Kriegschenmahl ; j'ai une grâce à vous demander. Il y a vingt-cinq ans que nous faisons une partie de whist tous les soirs ; j'aurais envie d'essayer une fois ce jeu français qu'on dit si gai, le reversi : y consentez-vous, mon cher mari } je ne me le permettrais pas sans votre approbation.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Je vous la donne.

Ah ! que vous êtes bon ! nous pouvons l'essayer avec nos deux fils.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Oui, ce sera une partie de famille; cela fait toujours plaisir. Mais ne vous apercevez-vous pas que depuis quelque temps votre fils chéri, celui ([ue vous avez nommé Licidas, il y a vingt-quatre ans, à l'occasion de ce roman anglais que vous n'avez pas encore eu le temps de finir; eh bien! Licidas de Kriegschenmahl est très-rarement à la maison? D'où vient cela.'

M"" DE KRIEGSCHENMAHL.

Licidas est trop bien élevé pour que je me permette de soupçonner sa conduite. Je suis sûre qu'il s'occupe du nouveau Cours d'agriculture qui vient de paraître. Il aime la campagne, la solitude ; il est modeste et timide ; ce n'est pas comme votre ca-

poral de Rodolphe. En vérité, moi qui suis sa mère, il me fait peur quand il me parle.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

C'est un homme de sens que mon fils cadet. Il n'a pas le teint de lis et de rose de votre Licidas. Il n'est pas fait pour la vie domestique, comme vous et votre fils ; mais il est raisonnable ; et je parierais bien que votre Licidas ferait plutôt une sottise que Rodolphe.

M""" DE KRIEGSCHENMAHL.

Une sottise! que voulez-vous dire? mon fils, qui n'est jamais sorti de chez moi et qui est résolu à ne pas nous quitter; tandis que Rodolphe passe sa vie, oserai-je le dire? où? dans les corps de garde. Oui, j'en rougis quand j'y pense.

Et où voulez -vous donc que l'on soit?

M"" DE KRIEGSCHENMAHL.

Auprès de sa mère, monsieur, auprès de sa mère.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Y pensez -vous? Mais voici Licidas. Qu'a-t-il donc aujourd'hui ?

M""" DE KRIEGSCHENMAHL.

Ses cheveux sont tout défaits. Il chancelle en marchant. Mon Dieu ! lui serait-il arrivé quelque malheur?

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Ce fils si modeste et si timide se serait-il enivré quelque part ?

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