LE MANNEQUIN, ACTE II, SCENE I
FEEDERIC.
Que dites-vous , chère Sophie ! attraper un Français ! cela est-il jamais arrivé à un Allemand?
SOPHIE
Rarement, j'en conviens; mais M. d'Erville est si occupé de lui-même, qu'il n'observe rien avec Gnesse. La vanité offre beaucoup de prise; et M. d'Erville en a tant, que je me flatte de le gouverner à son insu par ce moyen. D'ailleurs il aime assez l'argent ; et quoique ce soit pour le dépenser, c'est un goût toujours un peu vulgaire, dont on peut tirer parti pour se débarrasser de lui. INIon cher Frédéric, j'ai tant d'envie d'échapper au triste sort qui me menace, et de me conserver pour vous, que je veux tout tenter pour y parvenir.
FRÉDÉBIC.
Ah ! Sophie, je n'ose espérer tant de bonheur.
SOPHIE
Cher Frédéric, nous n'avons fait de mal à personne ; pourquoi le sort ne nous protégerait-il pas ? Je vois venir mon père , laissez-moi seule avec lui.