SCENE VI
M. DE LA MORLIÈRE, SOPHIE
M. DE LA MORLIÈRE
Je te croyais avec M. d'Erville.
SOPHIE
Ah ! il y a longtemps qu'il est parti. Vous Ggurez-vous donc qu'il pense à moi ?
M. DE LA MORLIÈRE
Mais je l'imagine, puisqu'il t'épouse.
SOPHIE
Belle raison! Il se marie, je crois, sans songer qu'il faut être deux pour cela.
M. DE LA MORLIÈRE
Je n'aime pas ta malveillance contre le comte d'Erville.
SOPHIE
Mon père, je vous jure que j'ai raison.
M. DE LA MORLIÈRE
J'en serais très-fdché ; car, encore une fois , j'ai donné ma parole.
Et si je vous la faisais rendre par M. d'Erville lui-même ?
M. DE LA MORLIÈRE
Alors je serais libre ; mais je vous saurais trèsmauvais gré d'avoir rompu un mariage qui...
SOPHIE
Mon père , avant de me blâmer , daignez venir avec moi chez mon oncle ; il connaît mieux M. d'Erville que vous; il vous dira
M. DE LA MORLIERE.
Ton oncle ne sait pas un mot de français; il nous fait tous passer pour Allemands ; il oublie ses ancêtres, sa patrie, enfin
SOPHIE
Mon père, malgré tout cela, vous aimez beaucoup mon oncle.
M. DE LA MORLIÈRE
C'est vrai.
SOPHIE
Eh bien , c'est devant lui que je vous confierai l'espoir
M. DE LA MORLIÈRE
Quel espoir ?
SOPHIE
Que M, d'Erville lui-même viendra vous demander en mariage votre nièce...
Comment ! ma nièce ! je n'en ai pas ; veux-tu me faire dire un mensonge ?
SOPHIE
Non assurément ; j'aimerais mieux m'en charger moi-même.
M. DE LA MORLIÈRE
Quoi ! tu te permettrais de tromper ?
SOPHIE
La ruse est si innocente, que vous-même vous l'approuverez.
M. DE LA MORLIÈRE
Je voudrais savoir
SOPHIE
Vous le saurez tout à l'heure ; suivez-moi chez mon oncle. Je consens à vous obéir, si M. d'Erville lui-même ne vous dégage pas de votre promesse.
M. DE LA MORLIÈRE
Allons, je veux bien te suivre ; mais je n'augure rien de bon de tout ceci.
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