APH
Là-bas, là-bas, une barque?
CLÉONE
Je l'entrevois à peine.
Elle vient de Sicile, j'en suis sûre. A ses voiles éclatantes, je reconnais les couleurs de cette île fortunée. Phaon, Phaon, est-ce toi? Oui, c'est toi; oui, tu veux soulager les tourments de mon cœur. Je te reverrai; ce ne sera plus une vaine chimère que tes traits ; ce ne sera plus mon imagination troublée qui seule me les peindra : tu seras là , près de moi , là.
DIOTIME
Ah ! Sapho , gardez-vous d'un espoir trop crédule : mille barques traversent les mers; pourquoi donc celle-ci vous ramènerait-elle Phaon?
SAPHO
Oui, mille barques traversent les mers; mais celle-là fait palpiter mon cœur, et je crois à co présage. Elle approche, elle approche; entendezvous cette musique harmonieuse? Sentez-vous le, parfum des orangers dont l'air est embaumé ? Ils' viennent d'Italie; et cette musique délicieuse, c'est| la voix de Phaon. Diotime, allez au-devant de lui;- | soyez l'amie de Sapho ; ne l'exposez pas à rendre < le peuple qui s'assemble sur le rivage témoin de' ses transports. Mes genoux fléchissent; un nuage J couvre mes yeux : va, Diotime, c'est lui; va. \