‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 290 sur 312 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

DIOTIME, CLÉOÎÎE, SAPHO.

CLÉONE

Sapho , j'entends vos cris ; Sapho , je me prosterne à vos pieds.

SAPHO

Retirez-vous, Cléone ; retirez-vous : je vous aimais.

CLÉONE

Ah ! je n'ai point méconnu ce bonheur et cette gloire; j'en atteste ma mère, serment aussi sacré que celui par lequel on prend les dieux à témoin : je ne vous ai point offensée. Ni nies paroles ni mes regards n'ont attiré le cœur de Phaon.

SAPHO

Si tu n'as rien fait pour lui plaire, il en est mille fois plus coupable. Malheureuse ! il faut que j'accuse ou mon amant, ou l'amie que je chérissais comme ma fille ; ou plutôt il faut arracher ma tendresse à tous les deux. Oh! comme déjà mon cœur est libre de la vie ! comme tous les liens se brisent ! O mort ! tu n'as déjà plus rien à prendre ; le malheur qui t'a devancée a déjà préparé ton œuvre sombre , et d'un faible coup tu peux l'achever.

CLÉONE

Phaon est arrivé : tu vas le voir.

Phaon est ici ! mes genoux fléchissent ; un nuage couvre mes yeux. Oh ! si ce nuage m'empêchait de voir ses traits! Apollon, que j'ai ce matin offensé, Apollon, voudrais-tu me ravir ta lumière ! Oh ! quelques rayons encore pour voir Phaon ! et puis après la nuit éternelle !

CLÉONE

Généreuse Sapho!

DIOTIME

Ciel ! qui porte ici ses pas ? c'est Phaon.

SAPHO

Oui , je le vois , Diotime ; il vient. — Diotime , dis-moi , sommes-nous dans l'Elysée ? Est-ce son ombre? et dois-je, comme Didon indignée, me détourner de lui en montrant ma blessure ?

DIOTIME

Reste, reste, Sapho; peut-être connaît-il le repentir.

CLÉONE

Oh ! quel moment pour tous trois i SCENE V.

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