DIOTIME, CLÉONE, SAPHO, PHAON
PHAON
Sapho, c'est un coupable qui plie les genoux devant toi , comme devant l'autel des dieux.
SAPHO
Une femme trahie peut pardonner au parjure, les dieux ne l'absoudront jamais.
PHAON
Ils savent cependant quel est le pouvoir du destin.
SAPHO
L'infortunée qui te parle a ressenti les coups que ta main a conduits.
PHAON
Ah ! crois-tu donc avoir seule souffert ?
SAPHO
Seule je n'étais pas coupable.
PHAON
Ta conscience du moins t'offrait un asile.
SAPHO
Je n'en avais plus que dans ton cœur.
PHAON
Sais-tu quelle est celle que j'ai le malheur d'aimer ?
SAPHO
Celle qui fut mon amie, et que j'aimais comme ma fille.
PHAON
Elle me dédaigne, parce qu'elle t'admire; elle me repousse loin d'elle. Phaon aussi connaît le malheur de n'être pas aimé de ce qu'il aime.
SAPHO
Cruel ! est-ce Sapho dont tu demandes la pitié ?
Je ne l'espère pas.
SAPHO
Tu pourras l'obtenir, si jamais un instant tu souffres autant que moi. Cléone, c'en est fait, je l'ai revu, et il est resté absent. Oh! rendez-moi ma folie; rendez-moi ce que j'attendais, ce que Je n'attends plus. Cléone, vous êtes libre; vous pou-» vez vous unir à Phaon.