‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 291 sur 312 · DIOTIME, CLÉONE, SAPHO, PHAON · texte numérisé non relu

DIOTIME, CLÉONE, SAPHO, PHAON

PHAON

Sapho, c'est un coupable qui plie les genoux devant toi , comme devant l'autel des dieux.

SAPHO

Une femme trahie peut pardonner au parjure, les dieux ne l'absoudront jamais.

PHAON

Ils savent cependant quel est le pouvoir du destin.

SAPHO

L'infortunée qui te parle a ressenti les coups que ta main a conduits.

PHAON

Ah ! crois-tu donc avoir seule souffert ?

SAPHO

Seule je n'étais pas coupable.

PHAON

Ta conscience du moins t'offrait un asile.

SAPHO

Je n'en avais plus que dans ton cœur.

PHAON

Sais-tu quelle est celle que j'ai le malheur d'aimer ?

SAPHO

Celle qui fut mon amie, et que j'aimais comme ma fille.

PHAON

Elle me dédaigne, parce qu'elle t'admire; elle me repousse loin d'elle. Phaon aussi connaît le malheur de n'être pas aimé de ce qu'il aime.

SAPHO

Cruel ! est-ce Sapho dont tu demandes la pitié ?

Je ne l'espère pas.

SAPHO

Tu pourras l'obtenir, si jamais un instant tu souffres autant que moi. Cléone, c'en est fait, je l'ai revu, et il est resté absent. Oh! rendez-moi ma folie; rendez-moi ce que j'attendais, ce que Je n'attends plus. Cléone, vous êtes libre; vous pou-» vez vous unir à Phaon.

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