‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 308 sur 312 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LES PBÉcÉDENTS , ALCÉE , suivi du chœur des prêtresses.

ALCÉE

Heureux époux , avant de marcher au temple de Vénus , allez rendre hommage à celui d'Apollon , dont Sapho est la prêtresse.

SAPHO

Je dois vous précéder dans le sanctuaire; mais laissez-moi d'abord monter sur ce rocher qui domine l'horizon. Donnez -moi ma lyre; et vous, jeunes époux, écoutez-moi. Songez que dans les fêtes, les dieux ordonnent une libation aux divinités souterraines; c'est moi dont les chants accompagneront cet acte solennel. {Elle s^approche sur le devant du théâtre. ) Phaon , Phaon , adieu.

PHAON

Sapho, ne crois point que nous soyons séparés; ton génie m'enchaînera sur tes traces.

SAPHO

Phaon, adieu. — Je marche au temple : Alcée, Diotime, Cléone, vous allez me suivre; mais tenezvous quelques instants au pied du rocher , avant de m'y rejoindre. Le dieu qui m'inspire veut que je sois seule en présence de ses rayons.

0 Diane ! sœur d'Apollon , c'est toi qui règnes maintenant dans le ciel : divinité de la nuit , ta clarté répand quelque douceur sur les ténèbres ; de même le vague espoir d'un autre avenir luit dans notre âme au moment de quitter la vie. Diane ! tes traits d'argent sont aussi ceux de la mort : ils se réfléchissent dans l'onde, et tu traces une route brillante jusqu'au fond de la mer. C'est ainsi que l'amour, l'amour généreux éclaire jusqu'à l'abîme où la douleur va me plonger. — 0 toi que j'ai tant aimé! pourras-tu revoir ce rivage , sans que le souvenir de Sapho émeuve ton cœur ! Elle avait reçu du ciel le don du génie ; toutes les merveilles de la nature parlaient à son âme, et cependant ta seule voix était devenue nécessaire à son cœur, et par degrés le monde entier s'est tu, quand elle ne t'a plus entendu. Toi qui m'as abandonnée sur cette terre, ton nom du moins , ton nom sera pour jamais inséparable du mien dans l'avenir , et cette vaine ombre d'une union tant désirée est encore chère à mon cœur. — Je l'avoue , j'ai pitié de moi ; je pleure ces talents qui me remplissaient d'un si glorieux espoir dans les beaux jours de ma jeunesse. Mais qu'y a-t-il de réel sur la terre , si ce n'est la douleur? Que vaut ce reste de vie que je vais immoler? Vous, heureux époux! vous vous croyez possesseurs du temps; il vous échappera

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