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LA VIE ET LES ÉCRITS DE RULHIÈRE

Poète lâmàble, écrivain élégant «t grand hislo« rien , nous allons dire ce qui a mérité à Rulhière cette triple réputation. Nous commencerons par rapporter ce qu'on sait de sa vie. Né en 1 735 , dans le village de Bondy , près Paris , il annonça de bonne heure les plus heiveuses dispositions; sonv père , qui était inspecteur de la gendarmmb de rile-de-France , et qui par conséquent pouvait mbvenir abondamment aux besoins de son éducation , le mit au coU^ de Louis>le-Grand , où lui-même avait été élevé. Les leçons que le jeune Rulhière puisa dans cet établissement , où Véducation de la jeunesse était confiée aux jésuites, développèrent bientôt en lui les germes du talent qui devait un jour le placer au rang distingué qu'il tient dans la littérature. Plusieurs prix remportés furent pour lui les préludes des succès jplus durables qu'il devait obtenir plus tard*

Sorti du collège pour prendre place dans le

monde., il s'y annonça comme un homme de

beaucoup d'esprit , qui n'avait fait beaucoup de

vers latins que pour mieux faire des vers français.

ÎI NOTICE HISTORIQUE

Ceux qu'il composait déjà furent remarqués , et méritaient de Tétre; son 6tyle familier , négligé , mais piquant , était une imitation , souvent heureuse , du caractère dés Épîtres d'Horace; quelques pièces fugitives , la plupart satiriques , furent lues avec avidité; mais aucune n'eut autant de succès que l'épître sur les Disputes; Voltaire Ta rapportée toute entière dans son Dictionnaire philosophique; et certes, elle méiite cet honneur. Vol*taire a raison quand il dit que c'est ainsi qu'on faisait les vers dans lé bon temps.

Les jésuites, qui avaient fait l'éducation de Rulhière, qui les premiers avaient connu les grâces un pieu malignes de son esprit fin et délicat , au* raient bien voulti l'attirer dans leur ordre ; la répugnance de Ruihièrè à se faire jésuite détermina lé P. Lâtour , préfet du tolïé^ de Louis^lè-Grand, et qui avait pour lui Une affection particulière , a le recommander à M. de Breteuil.

Nommé, en 1760, à Tambussliâe de Russie, M. le baron de Breteuil emmena Rulhière aveè lui en qualité de secrétaire de l'ambassade. Arrivé à Pétersbourg , il filt témoin de là réirolution qui précipita Pierre ni du trône de Russie , et remit entre les mains de Catherine II, son épouse, les rênes de cet empire. Tout ce que Tacite a peint , a-^t-il écrit lui-même depuis , prit à ses yeux un ilouveau caractère de ressemblance.

Au bout d'un sqour de quinze mois il revint en France , encore tout agité des événements d'une

SUR JLA VI£ DE RULHIERE. Ul

rëyolotÎDh si extraordinaire ; il leâ racontait avec feu 9 avec esprit ; il tnettait avec un talent remarqaable sous les yeux de ses auditeurs le tableau de cette déplorable catastrophe. La comtesse d^Egmont , fille dû maréchal de Richelieu , rengagea à écrire ce qu'il racontait si bien ^ et Rulhièrc écrivit VHisiùire ou Anecdotes sur la Ré^nUation de Russie^ en F année 1762. Son manuscrit , dont il avait fait lecture dans quelques sociëtés, ac4oit bientôt dé la réputation. La cour , iiitéressée à connaître avec détail et vérité les intrigués qtii avaient placé Catherine sur le trône de Pierre III , vdulut aussi en èntehdre la lecture. L'impératrice né tarda pas à en avoir connaissance : elle donna ordre, ati baron de Grinim , son agent à Paris 4 d'employer tous les moyens possible^ ponir faire dispai^itre cet ouvrage. On fii à Fauteur dés offres péciHiiàires assez considérables, qui furent rasées. L'autorité, devenue auxiliaire de la corrhpfion 4 n'obfint pas davantage : vainement s'adressa-t-on au doc d'Ai-^ guîllon , alors ministre. M. de Sartirté ^ Kéutenàntgénéral de pdlice 4 mande Rnlhière ches lui ; mais c'est en vain qu'il lui demandé son manuscrit , en vain qu'il le meiiace de la Bastille : inaccessible à I2Î crainte et sourd à ses menaces, Rûlhlère se contenté de lui répondre qu'il portait écrit dans sa mémoire l'ouvrage qu'on voulait lui arracher pat la force. - Ces menaces n'eurent pas d'autre suite. L'an* téur avait eu la précaution de dé[ioser trois exem* pfadres de ce œanùséril en maiiKs sûtes ; l'un. avait

IV NOTICE BISTORIQUE

été remis entre le& mains de sa mère , à Saint-Denis i l'antre confié -à Tabbé de Mably , et M. de Bretenil avait bien voulu être le dépositaire du troisième. Monsieur , aujourd'hui Louis XVIII , prit l'auteur sous sa protection , le nomma secrétaire de ses commandements , et lui fit obtaiir la permission de puiser dans les dépôts des affaires étrangères tous les matériaux dont il pourrait avoir besoin pour écrire V Histoire de l'anarchie de Pologne.

Les agents de l'impératrice réitérèrent leurs tentatives; ils offrirent même trente mille francs à Rulhière, s'il voulait seulement émousser quelques traits dont la vivacité pouvait nuire à la réputation de leur souveraine. Il s'y refusa , mais donna sa parole que l'ouvrage ne serait jamais imprimé du vivant de l'impératrice ; et , malgré que les papiers publics eussent plusieurs fi>is annoncé qu'on allait faire paraître l'Histoire de la Révolution de Russie^ les héritiers de Ruihière attendirent la mort de Catherine pour diqioser du manuscrit dont ils étaient dépositaires.

Un événement aussi étrange que la révolution arrivée en 1762 en Russie , exigeait , comme le c£t Ruihière luiméme, un genre singulier de narration. L'importance des différents intérêts, puisqu'il s'agis* sait d'un empire, la singularité de l'action, l'horreur de la catastrophe , le nom de Catherine II , dcmnai^it , il est vrai , à cette révolution de la grandeur et de la célébrité ; mais la frivolité des intrigua qui en avaient été ks ressorts , la licence des mœurs

SUR LA Vie de rulhiere. t

russes, et les paëriiUés qui avaieal perda le malheureux - Pierre III , ne pouvaient être rac<mlëes d'un style sérieux et soutenu. Les représenter par des traits généraux, comme ce style Taurait exigé , c'eèt

[ été s'exposera perdre toute croyance. La nécessité de

les peindre en détail , et pour ainsi dire de leur couleur propre, aurait forcé Fauteur le plus grave à descendre au ton des mémoires les plus familiers; et, en racontant ces ris3)les anecdotes , s'il n'avait pas quelquefois paru rire le premiier , sa gravité l'aurait rendu lui-même ridicule.

I « J'ai raconté des anecdotes si particulières , dit

encore Rulbière , qu'on peut s'étoiiner qu'elles aient été sues. Dans un séjour de quinze mois à la cour de Russie, où fêtais à la suite du ministre plénipotentiaire de France , M. le baron de Breteuil , la confiance dont il m'honora ne me laisse aucun doute que je n'aie su les mêmes choses qu'il a apprises. Ma position personnelle dans ce pays m'y donna des liaisons intimes avec des gens, qui l'habitaient depuis quarante ans. »

Quoique très-courte, l'histoire de la révolution qui ^t monter Catherine II sur le tr6ne de Russie, est un ouvrage fort remarquable. Le^ style en est orné, msis rapide et plein de mouvement. Publiée, pour ià première fois, en 1797 , c'est-à-dire, plus de dix ans après la mort de Ruihière, cette histoire a conservé tout l'intérêt qu'elle avait à l'époque oà l'auteur l'écrivit , et où^il la lisait dans k société. M. de Fortia de Piles ,^ dans un^ ouvrage intitidé.

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