‹ Œuvres posthumes de RulhièreChapitre 2 sur 70 · VI NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

VI NOTICE HISTORIQUE

Examende irpis Outrages sur la Russie , a prér tendu que Rulhière était tombé dans plusieurs erreurs graves. Il y a dans sa manière de les rectifier, plus d'amertume que d'exactitude. U n'a fait , du resté, que reproduire les observations que Richer* Sérisy avait insérées à la fin du second volumç du voyage de Swinton dans le Nord.

U y avait dix ans ^e Rulhière servait dans les gefidarmes de la garile, lorsqu'il accompagna M. de Breteuil en {Russie; il av^it fait avec un détache^ ment de la maison du roi la campagne de l'armée d^Hanovre, et la compagnie dans laquelle il servait ayant été réfi>rmée , il avait conservé des Maisons avec plusieurs gens de la cour qui avaient âé élevés comme loi chez les jésuites, et partictdièl'ement avec le comte d'Egmont; il avait été penduit deux ans aide^de-camp du maréchal de Richelieu , qu'il avait suivi en Guyenne en cette qualité. Ce fiit à son retour de Russie qu'il quitta la carrière mili^ taire, le 9 juin 17 65, avec la commission de capi* taine de cavalerie; mais il n^qbtint point la com'-r pagnie qu'on lui avait propiise.

Rendu à une vie pkts calme , il s'amusaii à corn-* poser des vers dans les moments de loisir que lui hissaient des occupations plus graves. Ce &t dans^ un de ces moments de abaissement qu'il composa le joli poëme àt^Jêux de mains. Une brouillerie survmùe entra âe$ piersonnes trcb-distinguées par leur Bai&sance , fi>umit le sujet de cet ouvrage , dont Ru4- Jhière fit hommage à Julie-Sophie de Morteinart.

SUR LA VIE DE KULpiERE. Vil

Les principaux actéars y figuraient 80q$ des noms sapposés , cela devait être ; : mais il e$t étonnant « comme le fait observer un de nos plqs aimable vandevilli4tes ^ dans une notice sur Rulhière , icn* primée en tête du poëme des Jeox de Mains , quQ le secret de Tauteur n'ait pas été dévoilé , et trè»innoc^mmeut ^ pîai* les personnages qu'il cite dans son premier chant. C'était , disait<»on , la crainte de déplaire à une princesse, qui empêchait l'auteur de faire imprimer ce poëme ; on supposait même qu'il n'en existait aucune copk. Il a été publié en i8q8 , et n'a point assez répondu à l'attente qu'il avait excité. Quoique Ralhière n'ait prétendu faire qu'une plaisanterie , je ne sais â le titre de son poëme est bien justifié par le fond , qui n'est , en efifet, que le récit d'un événement particulier. Mais les taches légères que l'on remarque dans.ce petit ouvrage, y sont effacées par les grâces du style, par la variété des tableaux , par le coloris ti>u)ours vrai qui cKstîngue^ les personnages que Rulhiàre fait agir ou parler. Il est probable jcpie le succède ce per tit pojme eût été plus coippli^, si l'on y eût trouvé les noms des personnes que Bulhière y n^et en jeu* La comtesse d'Egmont était s» muse favgrite , il la voyait beaucoup, et quelque part qu'il fût, elle recevait de lui des vers ou de la prose. lise plaisait à rajeunir quelques vieux contes , dont la gaieté , un peu libre , prenait sauvent , cous sa plume , de la finesse et de la . grâce. Cependant , malgré que Rulhi^ fit encore des vers dans les derniers mois

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de sa vie , malgré qu'il en eût presque toujours fait f il est certain qu'il a beaucoup moins cultivé Is poésie que lliistoire.

Chargé en 1768 d'écrire, pour Finstruction dur dauphin, Thistoire des troubles de la république de Pologne , il se livra exclusivement à la eemposition de cet important ouvrage , jusqu'au moment où le baron de Breteuil , effrayé des conséquences funestes de la révocation de Fédit de Nantes , se décida à présenter à Louis XVI, un rapport suv Fétat de$ protestants* Ce rapport est Fouvrage de Rulhière, qui publia dans le même temps, e€ comme preuves à Fappùi de tout ce qu'il avait avancé dans le rapport , \esEciaircissements kisto* tiques sur tes causes de ta ris^cation de Vèdit de Nantes , et sur fétat des protestants en France f depuis le commencement du règne de Louis XIV jusqu'à nos jours 1 tirés des différentes archives du gouvernement

Sans doute , dit le savant auteur de la notice sur Rulhière , placée en tête de FHistpire de Fanarchie de Pologne , il eût suffi , pour résoudre une telle question , de consulter l'équité ou Fintérêt public, qui n'en peut jamais différer; et il pouvait sembler superflu de rechercher Forigine et le progrès du mal, pour sentir la nécessité de le réparer. Mais dans les matières qui dépendent le plus immédia -^ tement de la morale naturelle , nos légistes et nos savants nous ont accoutumés à donner aux faits une autorité prépondérante; de sorte, qii'«B pres^

SUR LA VIE DE RtJLBl£R£. TU

que toute discassion politique, il importe à la raison d'avoir aussi des citations à faire, et de res-* sembler, autant qu'elle le peut, à la science.

Rulhière se mit donc à fouiller les archives les ptns secrètes ^ et il eut le bonheur d^en extraire des faits, dont la plupart avaient le double mérite d'être peu connus , et de servir à leur manière la cause de la religion réformée et opprimée. Il était prouvé par ces faits, que Finjustice extrême sans doute, avait été de plus irréfléchie et commise étourdiment, à la suite d'intrigues incohérentes, où s'étaient égarées des ambitions fort étrangères aux choses religieuses. Bnlhière expliquait com^ ment madame de Maintenon, née calviniste, restée tolérante après son abjuration , écrivant à son frère que persécuter ou même convertir n'était pas d'un homme de qualité^ avait eu besoin pour sou^ tenir son crédit , compromis par des imprudents , de renoncer peu-à-peu à son rôle d'Esther , et de former enfin , contre sa propre tribu , une sorte de triumvirat avec Louvois et Lachaise; comment Louvois 9 impatient d'arracher Lonb XTV aux trar casseries ecclésiastiques , et de lé rappeler aux soins de l'administration militaire , n'avait sacrifié les protestants, qu'afin qu'il ne fût plus parlé ni d'eux, ni de leurs ennemis ; comment Lachaise lui-même n'avait adopté ces mesures violentes, que pour ne pas laisser prévaloir les jansénistes qui en conseillaient de plus scrupuleuses ; comment enfin Louis. Xiy> naturellement équitable , ami de l'or-

XII lïOTICE HISTORIQUE

de rEvan^ltf pour base, sont tolérés par l'es gonvernements sages , et cette tolérance est dans Tespôt de rÉvangile, comme dansles principes des docteurs les plus éclairés de FégUse primitive. Tonte révolution politique et religieuse influe sur le caractère èes hommes. L<es innovations sont-elles attaquées par la force des armes ? des guerriers intrépides s'élèvent. L'intolérance dresse*t-ellé des bûchers , deséchafauds? des enthousiastes meurent avec joie, et leur, résignation , leur courage foiltà leur doctrine de nombreux prosélytes. La compassion ouvre- t^elle des retraites aux proscrits ? ils paient par ' l'exemple de leurs vertus l'hospitalité qu'on leur accorde. La paix vient-elle ,. après de longs orages , récompenser le dévouement intrépide de la nation qui a su défendre les principes » les opinions qu'elle avait adoptés? cette énergie , que de grands intérêts , que des luttes violentes ont communiquée aux âmes , se conserve , se maintient, et se dirige vers les travaux qui multiplient les res* sources des états. Des hommes persuadés prouvent leur foi par leur conduite; des enthousiastes qui veulent faire des prosélytes , ont besoin de- frapper les imaginations par le spectacle de leurs vertus ; et cette preuve est la plus puisssmte de toutes; elle entraîne le vulgaire , elle impose silence à la haine, elle commande l'estime. La ferveur religieuse donne aux mœurs un caractère d'austérité qui retren^ les âmes.

Des violences impolitiques exercées contre \i^

SUR LA VI£ IHE RtTLHIERE. XIH

disciples des communions nouvelles , en les mettant dans raltemative de Texil ou de la mort , d'une fuite géiéreuse ou d'une lâche apostasie , les avaient forcés à ces émigrations qui enrichirent un pays des pertes , des désastres d'un antre , et dont }es résultats furent utiles à l'espèce humaine. Les bannis avaient porté de l'industrie dans des pays sauvages , défriché des terres incultes , cherché sous un autre hémisphère un repos que l'Europe leur refusait. L'Asie , l'Italie , la Gaule ne recueillirent pas de plus grands avantages de la retraite qu'ils donnèrent à ces ingénieux Grecs , que les guerres civiles j la ruine de leur pays , ou l'horreur de la servitude contraignaient à chercher de nouveaux foyers , que n'en avaient obtenu les pays qui avaient accordé asile et protection aux religionnaires. Ds avaient offert aux nations généreuses qui les avaient reçus dans leur sein, des exemples énergiques, d'imposantes leçons ; ils avaient prâenté à leurs méditations l'intéressant spectacle du courage qui hrave l'infortune , de l'amour de l'indépendance qui étend, qui ennoblit les faculté humaines : qpectacle propre à faire naître des idées nouvelles , des sentim^ats fiers et élevés dans l'âme de ceux qui en étaient les témoins , et à (U'éparer des changements heureux. Ainsi des plantes étrangères transportées sur un sol étranger , leur prêtent une richesse , une fécondité jusqu'alors inconnues. Des ambitieux portent dans des contrées lointaines , chez des peuples crédules , innocents , leur avance , leur

XIV ' NOTICE HISTOlSlÇfifE

faréùr de dominer ; ils oppriment , ik dëpcfdplmt ; ik enchaînent les faibles , ils immolent les cdti-» rageujc , ils fOût couler d» sang pour isK^ôir de Tôt , ils enlèvent à la terré lés brds qui la cultivent , pou» extraire les métaux qu'elle tefifèrmé dans séS éû-^ trailles. Mais desiuforiunés qdi fùiéut l'intolëràticeî la tyrannté , la môtt ^ pointent avec eux dés priadpes d^humanltë , de justice ; ils fendent à Tho^ilalitéi^ bienfaits qu'ils en reçoivent ; ils foiiit sentir la diffëreuee qui existe entre des hommes évitant là pétsécuiiôd , et des êtres eupides se sduitrifyaiit à rindigeflée, au travail; entre des fugit ifs réclâmaoal une terre qu'iU puissent féeoiKder , des voisins assex sages pour les souffrir , des lois assez éqoitaAJles pour les fj^ro^ëger , et lei habitants d'tm monde vieilli , cherehstiit dans d'autres climats des âmies faiUes ^i ist kSsieui asservir , dés trésors que rimbécillité laborieuse offre en tribut à la paresse qui sait tyrans nisèr \ à Tâd^esie qui sâtt garrotter les faibles par lar éffj^fslitiou y à l'orgàéil barbare qui se constitue de& (h>eiits sur lés bienfaits de là nature et snr les irattfu& dé Ifl plupalrt de ses eilfaiits.

L» raison humaine né fait point de progrès faiei| rapides ; 4^e n'éftt que par des degrés presque imper-^ cei^ibl^ qu^on parvient à détruire quelques pré^ }ugâ. Il y a peu de mérite à retracer les erreurs des peuplesr et les crimes^ des gouvernements ; mais cèltii qui piarcourt cé^ registres déplorables des malhénf s dé Fhutiianité avec une âme sensible ^ et qui veut ett tif ef p(iUir sels Semblables une sonrce d'ins-

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