XXXIV NOTICE HISTORIQUE
fois Vy visiter; Rulhière eut plus d'une foisPhonneur d'y recevoir au^i madame de Polignac , M. de Yaudreuil , etc. C'était là quMl se plaisait à leur réciter , avec une grâce qui lui était particulière, quelquesuns de ces contes si piquants , que , dans ses moments de loisir , il composait au milieu des inspirations d'une nature enchanteresse. Y^î^^ ^^ ^^^^ dame d'Houdetot dont il cultivait. la société , il y retrouvait Marmontel qui fut constamment son ami ; Tabbé Morellet , qu'une raison éclairée désabusait de toute espèce de fanatisme politique et religieux ; Saint-Lambert , resté fidèle aux idées qu'il s'était failes des choses , et pour qui la philosophie n'eut point d'illusions ; Lacretelle , qui trouvait dans Voltaire un modèle qu'il devait un jour imiter avec succès quand il écrirait l'Histoire du dix- huitième siècle , et qui puisait dans la conversation des hommes qui accueillaient sa jeunesse avec intérêt , les matériaux de son ouvrage. S'enfonçant d'autres fois dans la vallée de Montmorency , il se plaisait à s'égarer sur les traces du philosophe de Genève ,' cherchant à s'expliquer les mystères de^son caractère y se rappelant avec plaisir les relations qu'il avait entretenues avec lui ; e t , cédant tour-à-tour au besoin de l'aimer et de le plaindre , il arrivait à la petite maison que Saint-Lambeft avait dans la vallée , déposait dans le cœur de son ami les sentiments dont le sien était rempli 9 et goûtait les douceurs si pures de cette amitié, que la haine et l'envie lui reprochaient. si injustement de net»as commître.
SUR LA VIE DE RULHIÈBE. XXXY
Quelques personnes ont attribué à Rpihière les «derniers chapitres des Observations de Mably sut rhistoire de France. L'amitié quixëgnait entre ces deux hommes distingués rend ce fait probable , mais ne le prouve pas. U est plus certain <)ue Rulfaièr« est l'auteur d'une brochure fort picpiante^ intitulée Portrait du comte de Vergennes. Chacun sait que ce ministre était Tennemi déclaré deM. deBreteuil.
Si Rulhière, dans le portrait qu'il en fait , a laissé quelques-unes de ses< belles qualités dans l'ombre pour mettre ses ridicules dans un pins grand jour , c'est Tttoin» la v<ktté qu'U a trahie que l'amitié qu'il a trop écoutée.
TU tActwn de l'o/^lnion sur les Gouvernements est un autre opuécule de Rulhière , plus digne de son talent et de son caractère. On y retrouve la marche noble et imposante, la gravité historique de l'auteur derHistoiredel'anarchiedePoIogne.Cest l'ouvrage d'un homme qui avait lu l'histoire romaine enpu^ bliciste profond, qui né s'arr^e sur* les faits qu'au-^ tant qu'il le faut pour rendre leurs conséquences plus palpaUes. Il voulait , en signalant les fautes que les citoyens de l'ancienne Rome avaient com^ mises, prévenir celles que les Français de 1789 pourraient comm^tre.
Nous avons parlé des anecdoites sur le maréchal de Richelieu; nous avons dit qi» son discoursi de récqplion à l'Âcadénrie française est du petit nom* brede ceux que l'on distingue, et quiméritent de sf^* vivre à leur date» Le petit poëme sur îesIHspuies est
XXXYI NOTICE HISTORIQUE
resté dans U Tnéi^oire de tou3 les amis des bons vefi^; le poëme de^ j€ua; d^ W(H^s sera toujours lu ave€ plaisir; ses Ççmte^^ déi^idpiH le fç^nt sévère du ^ge 3da£i faire raqgir 1^ pqd^Uf; il y a daûs ses L^tirps iiii§ 6iie^ede pensée, ii9f ftear d*fiiipi?essîon qui n^é^ rim au riaturel du genre; ses EpUres sont pl^in^^s Afi gf âjçe^ , et ses Epigramm^ pleiaea de sel. . Il s'était occupé peod^pt pliisieurs années à ras- $^ifniil<sr des matériaux pour servir à l'histoire de Frân<se« maïs il ahaBdonii^ ç^ truvaH Iprsque la révo-» lutâon éclata : il conçut alorale.prc^et d'«erire Thisr toirede nos troubles civils. Pour être pkis assidu aux séances desEtats généraux, îl logeait auprès du Manége; M. de Yilleinote ,. qui en était propriétaire , s'hait réservé une loge dont il avait donné une clef à Rulhiàre. C'étoît princîpaleaieat sur les événemioits qui s'étaient passés, à VetsaiUes dans les joârnées des .5 e^ 6 octobre qu'il avait, rétini le plus de noies; il avait eu des renseignements de M. de la Châtre^ qui n'avait pas cpiittéle rrà pendant cette nuit fatale ; il en avait en ans^i d« plnsieurs des* gardes do corps qui. avaient été blessés en défoadant rentrée des appartemeati. Son frère, qui à l'époque du trop, fameax \o août , commandait la première division de la gtodairmerie de Paris • avait été arrêté ètcoMuiA.à la Forepv A cette nouvelle « sa famille liîrra aux* flammes, tous les papiers qui'poava«eot.IaxompvQmetfre/et de' eenoadlire furent proBabkmentpkisieuaps'manuscritSide Tau-^ teur de ritbtûire de Fanarefaie de Pologne.
SUK LA TIE DE RULâlÈRE. XXXVIl
Rulhière moBi*ut presc|ue subitement le 3o janvier 1791; il avait été la veille au saldn db Échecs^ où il se rendait fréquemment pour savoir âes "nouvelles. Pris de douletirs^ violentes pédant la nuit , à six heuires dn matfai il n'était pluâ. Le «chirurgien qui fit Tooverture du ccnrpsv dit que flulhière était mort d'un squirre. Quelles personnes malintentionnées voulurent faire croire qu'il avait' été empoisonné , et ce bruit né fut répandu que parce que Ikilhiêre avait repDù^ avec force la proposition que Mirabeau Itii aivait faite quelques jour;» auparavant d'éerire en fkveur de la révoltutidn.
Je ne connais pas de meilleure réponse à faire à ceux qui ont calomniés<m caractère, que Texpression des regrets que laissa dans le coeur dé ses amis la nou^ velle de sa mort. Je ne crois pas pouvoir mieux terminer cette notice , consacrée à faire connaître sa vie et ses œuvres j qu'en rapportant ici la lettre que madame d'Houdetot écrivit à cette occasion à M. le chevalier de Rulhière, son neveu.
(( Je suis pénétrée de douleur , monsieur , de la mort soudaine et cruelle de monsieur votre oncle. Ce n'est pas seulement un hommage à sa mémoire que je vous offre ici , c'est le sentiment bien sincère de mes regrets que j'ai besoin d'exprimer à quelqu'un qui lui appartenait et qui lui était cher. J'ai eu la triste consolation de le voir regretté de tout ce qui avait vécu ici dans sa société; la mienne perd en lui un de ses derniers agréments et des restes du siècle dans lequel j'ai vécu. Ce n'est que
XXXYIII NOTICE mSTOBIQUE t etc.
qaand j'aurai la consolatioii de vous voir qoe )e pourrai vous bien exprimer tout ce que sa perte me cause de douleur et de regrets. Je vous crois toujours à Saint-Detiis , où j'ai Thonneur de vous écrire au nom d'un autre ami de monsieur votre oncle ( 1 ) et au mien. Recevez, monsieur, l'assurance bien vraie des sentiments dont je suis pénétrée; permettez-moi de les offrir aussi à monsieur votre père , que je ne veux pas importuner. Je voudrais les offrir à tous ceux qui tiennmt à la mémoire de M. de Rulhière^ à qui je les dois et les rends si bien. » A la mort de Ruttiière ^ la commune de Paris fit enlever ses papiers, dont il est probable que la comédie du Fâcheux et celle du Méfiant faisaient partie^ Ces deux pièces sont une perte pour le théâtre ; Tau* teur des Disputes était appelé à écrire la comédie,
P. R. Au GUIS.
(t) Sdnt-LamBert.