XXXII NOTICE HISTORIQUE
Celait en remplissant les devoirs de Tamitié qu'il se plaisait à en goûter les charmes , différent en cela de Chamfort , cpii s'était fait misanthrope pour s'affranchir de toutes les obligations sociales. Rulhière lui avait donné son amitié; mais las de ne recevoir en échange que les boutades d'un esprit chagrin et d'un cœur desséché par l'égoïsme^ il retira de son commerce avec Chamfort un sentiment qui n'avait point trouvé de réciprocité.Chamfort, absolu dans ses vœux comme dans son égoïsme, voulait une révolution avec toutessesconséquences; Rulhièrene demandait qu'une réforme. Cette différence dans la manière de vvoir rompit les derniers liens qui unissaient deux hommes faits pour s'estimer , alors même que l'amitié n'aurait jamais existé entre eux.
Quoique habitué à vivre dans un monde qui préfère trop souvent les déguisements de la vérité à la franche manifestation.de la pensée, Rulhière s'exprimait sans détour sur les hommes comme sur les choses; et c'est sans doute cette franchise que quelques personnes ont prise pour de la méchanceté. Â les entendre, Rulhière aurait été un homme haineux, distillant le fiel , poursuivant de ses épigrammes ceux-là même qui croyaient avoir le plus de droits à son amitié , sacrifiant son meilleur ami au plabir de dire un bon mot. Cette manière de se venger de la supériorité du talent aurait bien son mérite , si la vârité n'était pas là pour déposer contre elle. Les durables amitiés de Rulhière. avec les hommes les plus illustres de son siècle le conso-
SUR LA VIE DE RULHtÈRE, XXXIII
laient des petites haines de la suffisance et de Forgiieil. Celui qui , depuis trente ains , était Tami de M. de Breleail , de J,- J. Rousseau , de M. Necker , méritait bien l'envie; il Tobtint. Elle n'était qu'un ridicule de plus dans ceux qui se croyaient obligés à être ses ennemis, cherchant dans les vices dé son caractère un p|*étexte pour être dispenses de rendre justice aux bellâi qualités de son esprit. M. de Breteuil , pendant son minislère^ l'avait plusieurs fois pressé de prendre un logement chez lui; Rulhière s^j refusa constamment, pré^rant son indépendance à une faveur qui aurait armé l'envie contre lui, et ne voulant porter ombrage à personne.
M. de Breteuil lui avait accolé la survivance du gouvernenient de la Samaritaine , qui valait de 5 à 6oôo livres, et la promesse du logement au Louvre qu'occupait la duchesse de Noailles qui était fort âgée^ Il était lié avec presque tous les hommes de lettï^es de son temps , mais plus particulièrenient avec l'abbé de Màbly et Chabânon; il était chargé de faire la liste des gens de lettres que M, de Breteuil invitait imé fofe par semaine à dîner. Il se lia plus étroitemeïit avec l'abbé Delilie au commencement de la t^Vôlution, ne éesisa jamais d'être l'ami de M. deChôîseûi-Gouffier, qu'il avait contribué, par le barofi de Breteuil , à faire nommer à Taihbassade de Constiantiûople. Il possédait une très -jolie maison de catnj^âgQe qu'il avait fait bâtir sur les bords delà Sieine, an-dessus de Saint-Denis, et qu'il nommait son ^rmrfâg'i?. M. de Breteuil venait quelque-