CXVI DISCUSSION
neuses que M. Levesque a placées à la tête de son Histoire de Russie. Mais^ il faut le dire, les changements orthographiques , bien ou mal entendus ^ que s'est permis Rulhière , sont au f(»id les altérations les plus réelles et les plus positives qu'on ait à lui reprocher ; et , s'il viole à chaque page la vérité historique , il faut que ce soit dfe cette manière.
Cependant on Taccuse d'avoir, au gré de ses caprices j et selon les mouvements de ses passions haineuses^ appliqué successivement à un même portrait les noms de différents personnages. Une accusation si grave méritait, ce me semble, d'être prouvée par des exemples, par des témoignages., par des confrontations de manuscrits , ou du moins par les indices que l'on a coutume de rassembler et de produire , avant de déclarer qu'un homme est sans foi , sans honneur, sans probité. La seule réponse que je puisse faire ici, c'est que chacun des portraits dont il s'agit a une telle originalité , qu'il est bien difficile de le supposer destiné à plus d'une personne ; mais la véritable question est toujours de savoir s'ils sont ressemblants , c'est-à-dire si les jugements de Rulhière sur les personnes ne sont pas injustes.
Je n'avais point osé ouvrir devant vous. Messieurs , une discussion sur les qualités personnelles des souverains bien ou mal jugés par Rulhière , et je m'étais presque borné, en un sujet si délicat, à citer quelques lignes de notre savant cpnfirère M. Levesque. Heureusement je n'aurai ici presque
DISCUSSION. CXVll
rien de plos à vous dire sur Catherine II. Rnlhière n'a point méconna les qualités ëminentes de cette souveraine; et je vous prie d'observer que, loin de chercher à multiplier contre elles les accusations hasardées , il s'est abstenu , dans V Histoire de Vanarchie de: Pologne , de rappeler les bruits qui, lorsque Pierre III mourut , coururent à la honte de la czarine. M. Levesque avoue d'ailleurs que les circonstances ont forcé ce>tte princesse à des actions condamnées par la morale , mais que la politique absout. Je crois , avec M. Dupont, que jamais ce qui est injuste n'est véritablement utile , et j'en conclus qu'il a été permis à Ruihière de juger uii peu sévèrement ces actions que réprouvait l'équité.
Encore une fois, Ruihière ne dissimule point les victoires des armées russes, il ne les accuse pas de lâcheté ; il leur refuse une activité dont il est possible en effet qu'elles n'aient pas donné beaucoup de preuve. Ce qu'il dit de l'inhabileté de leurs che&, il le puise dans les documents qu'il avait recueillis. Par exemple , rine lettre dé M. dé 'Saint-Priest à M. Guys, écrite de Constantinople, le ï mai 17749 contient ces mots : « La réponse à
» feirie à la note de M. de Ruihière est facile
» L'honneur" du sucfcès des Turcs n'est dû qu'aux » fausses mesures des Russes. »
Les sentiments que M. Dupont paraît avoii* voués à la mémoire du roi Stanislas-Auguste sont si honorables /qu'il m'est extrêmement pénible d'avoir à justifier ici ce que l'historien des troubles de
U iPologm a écrit sur le-^camctere de ce prince^ Tautefbiftftulhière représente PQiiîalaw«ki.ecMni$Mf un homme Aalii^dleiBiBBkt j»Û9»ab}e 9 né ^eor h» doB(Deors^'iu»MM»éftéinUtiM, amdeiilHs iA de» llii]Mèi<es « c!t peuvant par tonséf «ent aiérikx hemt- CDop^d'éloges , Vil o'eèt régmé^ Aiftb to firiMegcy ^ sefixar^ctèvea étéi^ecoiuKie par Mv lie^N^^>i«; ^ ce iléfaot ^ aojaa^tibk daw riioitCDe p^hré dvue d'esftknaUes ^qa^^és 1 a «d« liiaeate» ^elfoté mr tm tràae^ Encore le faot-il excuaer àmà$ un r^ xlitaîrefqnaBd ceUeiaaiiierfcttiofi), attire à des r^pâ&tahles et 4ottehiiDK» a'csst t^e r«ti 'dt» malheucft dHuae iaérftabie deblûée. Jdals on puti , ee sen^ile^ eiû^er à'vu r^ âect^f ^ fui s'a pa^s élé contraint à i^égner, ^'41 «'^n tmmtre digne par Téner^iede «on âme et par raficaadaflfl de santUésiic. €ependMt PoniatpimHi, a9 ëeîotdes or^ge», ^Mpire à la jro}^a«të ; il 1 -obtient ^ «lias j)ar Tef&t nglage! 4Ft libre des Ms^ «m pi||^ « ruais ^par /l'itâuaiioe ide^oti^uje d'iHi goirrer«fiEnaftt'^ti»i]|(er. Une j»ar«- ^eiH m à-aaocîlier k(sef^nts,« àtaaoooietb-e; trooE^pé aiilaat1|a« sol^^gaëipar teicaiu'4efLimie; il de:vieQt le miaialre de -la 4yrMBâe )gu'eUe «exerce sur ]Mp9\ièga^Y4iiilmip0^ f^Hianiiflm sa ji^opre faiblesse à i9a»l€»9effttd$„ ^pi'ilse trouve plaoé n^^^ fre les deux plus grâfidsrson^esmos 4e C0tte.%of9Oie^ Frédérket €altheriprf . Jc4is TliiislairArde Sltaiû^as* Aqgoste, ooA plttsidaiis|*o^vxifgede Ekolhiètey^oaitf dans les aAtreali^itr^HiUNiiiposés sar ie mêmn ai]^; et, malgré la divemté des jogementi» q«\m y pert^
snr les éféntemetàs el sut Sonialowdu iui-wémey par- tout ]• veeoanais en lui, n&a pas ranteor, mais le pmocipal tastniaieiit 4ts dMsasttfes île sa patrie. Un trait sur-tout me ^4ppe dans son çacactère, e^est l^ii^e avantageose ^^il a de lainnêftie , l^espoiv qu'il m cesse de ibndeF sus la génélralioii de son esprit, spr T^endue de us lumières. Or., cette €0nfiattee en ses propies forces , ^i , dans Thomne de |;ëmc, esl ne force 4a plus , afiaiUît rhoAune de n^te , le dégrade qpelqi»fi3$s , et Teotridne itouj^uvs d£uu de tristes égiifement^. le cro» i|H(B Pimiatovi^ki a^ipt mm eepeit cu}lixré , nne âme douce et iMenmUante; «î l'on consid^se ses intenéopSi il ne «entait passesmalheucs. H reçut une couronne d'ëpiaés, ses presqiers tonts iorent de la deman4er et dç i'aoG^er; les conymcftpces exigeaient un wân caractère que le sien , et toutes les couronnes sont d'ëpines pour les téUs iacapaUes de les porter.
Ruihière, dit'on , a deux poids et deux menues; ce qu'il loue d§ns ia nation polonaise , il le hlâmf dans le inonan|âf . il est sèr que , lorsque les cûocoBstaiaces am^ei^Fooiatowski à parlerxontce la Kiisôe le mène Iwgage qu'il a tant désappr^uivë quand Isf ccpifédérés le parlaient avant lui , R^- Ifaièce £iit remarquer e^te jcoatradktion. Mais ce qoe TbistoaieA «eppoclie au piwce , ee n'est pas de tenir ee i»agage, c^est-de ne l'avoir pas t<|u|ottrs tenu. On n'est point l'enpemi de Boni^owskî, pour le îuger avec cette sévérité ; et tout ce que
cxx Discussion.
nous pourrions remarquer sur de tds jugements « c'est que rëcrivain et le monarqae ont eo , sor la nature des événemeuts , sur les choses elles-mêmes, des systèmes fort opposés.
Je vais donc être forcé d'aborder enfin des questions que f avais voulu éviter : il s'agit de se déCorminer entre deux systèmes politiques.
Le système de la France était , sdon MM. Dnpont et Levesque, de maintenir l'anarchie en Pologne , ou , comme dit le jury, la forme anarchique du gouvernement de ce royaume. Cette seconde expression, quoiqu'elle semble se rapprocher de la première, est pourtant plus exacte. Le caUnet de Versailles prétendait maintenir l'indépendance des Polonais, et par conséqcœnt leur gouvernement , quelque vicieux qu'il fàt , tant qu'ik ne le réformeraient pas librement eux-mêmes : la France voulait sur-rtout affaiblir l'asceddant que la Russie exerçait sur ses voisins.
Les vices des constitutions polonaises n'étaient pas contagieux ; en nuisant à ce royaume et à Im seul , ils le rendaient de jour en jour moins redoutable aux autres états de l'Europe. Quel droit avait donc la Russie d'imposer des lois aux Polonais? Que voulait-elle , sinon agrandir âon jNropre territoire ,' ou du moins sa propre puissance ? Quel résultat poùvai^on attendre dé ses entreprises , sinon celui qu'elles ont eu en i y 72 ? Et comment prouver que la France n'avait point intérêt à s'opposer à de pareilles entreprises ?